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J’ai peur de l’amour

J’ai peur de ne plus avoir le corps assez grand pour entendre mon cœur qui bat contre le sien. Moi qui respire son expire, qui m’endort dans le pli de nos corps. « Je t’aime », c’est lourd à porter. Rougir, trembler, s’enliser dans le plus profond. Sentir son sang couler en même temps que le mien. Chaque mini crise cardiaque quand mes pensées s’envolent vers lui.

Tout ce beau-là.

Parce que l’amour c’est beau, c’est grand, émerveillant, scintillant, « écartillant ». Mais c’est trop grand pour moi. C’est trop haut. C’est comme escalader une montagne et regarder en bas juste pour se donner le vertige. C’est drôle, mais finalement ça me fige pis je ne suis plus capable de monter plus haut. La chienne me pogne.

Toutes les fois que j’ai pensé que j’allais me laisser aller en fermer les yeux. Une plénitude qui ne durera jamais bien longtemps.

Pourtant avant, j’aimais ça tomber en amour.

Palpitant événement, hâte de croiser ses yeux. Hâte de lui montrer mon sourire. Hâte de l’apprendre par cœur. Hâte de sentir sa main frôler la mienne juste avant notre premier baiser.

Le feu qui pogne en-dedans, la première fois que tu sens son parfum. Un mélange de bois tropical pis de salé. Une espèce de piquant doux qui te ramone le dedans.

Tes yeux qui le fixent parler avec ses amis, ton corps te supplie d’aller lui toucher.

Mais j’ai pas le goût.

Ça m’étouffe.

Ça m’emprisonne.

Ça me promet ben des affaires que je ne suis pas prête à faire encore.

Pis ça me brise le cœur.

Comme ça finit toujours par faire.

Comme quand je flatte mon chat. C’est ben cute jusqu’à ce qui se mette à me mordre pis à me rentrer ses griffes dans le bras.

Ça tord le cœur, tu finis par tomber plus haut que ce que tu pensais vraiment.

Faut que tu te reconstruises.

Faut que tu te refasses un planning de vie.

Faut encore que tu pactes ton stock dans des boîtes de bananes que t’as réussi à avoir en suppliant le caissier à l’épicerie.

Tout ça parce que l’amour t’as fait des promesses ben trop grandes.

Tout ça parce qu’à un moment donné tes yeux bleus ont croisé ses yeux bruns.

Pis qu’aucun cœur a pu y résister.

Tout ça parce que tu t’es mis à aimer. Paisiblement. Les yeux fermés.

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