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Cette chère vingtaine

On a tous sa propre histoire à raconter. Pour ma part, j’ai même plusieurs fois essayé de partager la mienne. L’humain a parfois la fâcheuse habitude de se démotiver facilement ou de changer d’idée et de projet rapidement. Les mille et une ébauches de romans, de nouvelles et d’articles inachevés que j’ai écrites en sont d’ailleurs la preuve. Aucun doute : je suis la seule à blâmer pour laisser mon travail bien souvent incomplet.

Je pourrais bien vous affirmer qu’aujourd’hui sera différent, mais la vérité, c’est que je n’en ai absolument aucune idée. Mon seul plan pour l’instant, c’est de ne pas avoir de plan. Laissez-moi vous dire que c’est la première fois depuis plusieurs années que je décide enfin de peser sur le bouton stop et de balancer « le plan » aux poubelles. Probablement comme certain(e)s d’entre vous, je suis tannée de la pression et de l’angoisse que ce plan m’apporte, parce que je n’arrive jamais totalement à le réaliser comme je le voudrais.

Je suis une de ces filles qui aimeraient que tout tourne à la vitesse grand V, mais qui est malheureusement prise dans une vie qui va aussi lentement qu’une tortue. Je suis à cet âge de la vie ou j’entretiens des relations avec Johnny qui n’a pas encore dessaoulé et avec Marie du même âge qui a déjà deux enfants et un mariage à son actif. Je ne vais surprendre personne si je vous dévoile être immanquablement stressée et déstabilisée de voir que plusieurs de mes connaissances ont l’air bien plus organisées et placées que moi dans leur quotidien. Plus jeune, j’avais l’intime conviction que j’allais devenir un bel exemple de réussite, et ce, dès un jeune âge. J’étais surement un peu naïve, et je vivais dans un monde où je croyais qu’en terminant mes études, tout serait inévitablement facile.

J’ai maintenant 24 ans, et plus le temps passe, moins j’ai l’impression de réussir. Avant de mettre le dernier plan aux poubelles, j’étais peut-être rendu au 36e. Les plans A, B et C sont long gone, mais ce que j’ai récemment compris, c’est que mes moments les plus heureux sont toujours ceux où je laisse un peu le plan de côté pour foncer. Je suis la meilleure version de moi-même en voyage, lors de soirées arrosées entre amis ou encore lorsque je relaxe sur une terrasse en écrivant pour le plaisir. Je suis la meilleure version de moi-même lorsque je ne vis pas de pression, que j’ai confiance en moi et que je me laisse complètement aller sans penser à ce que les autres pensent de moi ou aux répercussions que mes actions peuvent avoir.

En écrivant ceci, le mot « fonceuse » me vient à l’esprit. C’est un peu aussi ce que j’incarne, quand mon plan gît dans son nouveau logement que sont les poubelles. Du coup, je me sens bien, légère et sûre de moi, mais par-dessus tout, je me sens en paix. Je ne sais pas ce qui m’attend à l’avenir, mais « réussir » n’est plus une obligation ultime. Ce mot pour moi a été remplacé par « essayer » et « laisser aller ». On dit que parfois la vie fait bien les choses, et aujourd’hui, j’ai l’audace de penser que cette expression n’est peut-être finalement pas si loin de réalité. Aujourd’hui, j’ai finalement l’audace de me laisser aller et d’en profiter.

Photo : Fuu J
Source : Unsplash

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