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À toi qui dis que ton examen t’a « violé.e »

J’ai ben de la misère avec les contextes d’apprentissage et d’évaluation tels que l’école les structure. Apprendre, c’est pas toujours facile, mais c’est souvent pertinent.

Dernièrement, j’ai commencé à remettre en question nombre d’apprentissages scolaires en me demandant si c’est vraiment ça qu’on veut dans notre savoir collectif. Savoir appliquer le théorème de Pythagore, c’est plus important que savoir être un témoin actif face à des situations de violence? Distinguer les conjonctions des prépositions, c’est plus important que distinguer la désinformation de l’information? On a un problème dans les savoirs qu’on transmet en tant que société.

On a aussi un problème dans la façon qu’on les transmet. Parce que l’école n’apprend pas que des savoirs, elle apprend aussi des savoirs-être. Et ces savoirs-être sont moulés comme des biscuits Pittsbury, bien des gens n’y entrent pas ou y sont malheureux.

Mais en plus, on a un problème dans les relations de pouvoir dans les écoles. L’élève doit tout faire pour satisfaire les exigences de ses maîtres. Les jeunes maîtres doivent tout faire pour satisfaire leur syndicat et leur direction. En plus de ces rapports de pouvoir choquants, il y a aussi le vocabulaire violent que plusieurs emploient pour décrire les luttes de pouvoir.

Chaque fois que tu dis que ton examen t’a violé.e. Chaque fois que tu dis que tu lèches le cul de ton.ta superviseur.e de stage. Chaque fois que tu dis que tes supérieur.es à la job t’enculent.

Chaque fois, je reçois ces expressions comme la comparaison entre mon vécu en tant que victime d’agression sexuelle et ton vécu d’étudiant.e ou de subalterne sur le marché du travail. Chaque fois, j’entends qu’à tes yeux, le consentement ce n’est pas important et qu’il faut le violer pour obtenir une note ou une paie. Chaque fois, je me rappelle qu’il fut une époque où on disait aux femmes que le viol était normal dans le mariage. Chaque fois, je suis envahie par un sentiment de dégoût et de honte si profond que ça me donne la nausée. Chaque fois, ça me donne un peu plus le goût de lâcher l’école pour arrêter d’entendre ce discours pathologique.

Alors la prochaine fois que tu trouves un examen difficile, que tu te présentes sous le jour qui plait le plus à ton superviseur ou que tu exécutes les tâches de ton.ta supérieur.e, nomme les choses comme elles sont. Le phénomène que tu décris, ce n’est pas la culture du viol, c’est la lutte des classes : le classisme, où les personnes en position de pouvoir économique assujettissent les personnes qui ont moins de pouvoir. N’alimente pas un phénomène social révoltant pour en dénoncer un autre, please, choisis d’être un meilleur être humain que ce que l’école t’a montré. Raise above.

Merci de respecter mon vécu et celui des nombreuses personnes victimes de violences sexuelles. Je partage ta frustration des luttes des classes. Viens donc chialer avec moi sur notre société malade à la place de contribuer à propager la bactérie. Sait-on jamais, on pourrait p’t-être changer les choses?

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