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Quand on est partis en fumée

Le ciel est devenu noir, l’air chaud et sec, la fumée s’affolait et contaminait toutes les parcelles d’air qu’elle trouvait. Rapidement, les visages ont changé. On ne pouvait pas, dans toute cette fumée, continuer à, avec des yeux doux, s’regarder. On ne pouvait pas, dans cet air avarié, continuer à seulement espérer respirer.

C’est ainsi que l’on s’est quittés. Au matin, on s’est levés, et l’matin n’était plus aussi beau qu’il l’avait été. Après l’grand incendie, on s’était retrouvés sur un grand tapis noir comme la nuit, noir comme les cendres de Notre-Dame-de-Paris.

On avait beau à tâtons marcher, dans un sac brun respirer, l’air était condamné – notre heure avait sonné, nous étions condamnés.

Alors tu vois, on avait beau essayer, à partir des cendres, de tout recommencer, ça n’pouvait pas marcher. La structure était trop abîmée, les murs étaient tombés, la pourriture qui avait pris naissance dans les planchers s’était montrée.

Cette grande maison qui par le feu a été détruite, c’est la relation qu’depuis des années on avait bâtie. Celle qu’on avait vu naître au beau milieu d’la nuit, entre des tonnes de conversations entre amis. Celle qu’on avait vu naître au fil de ces midis, ces nuits, ces ennuis. Celle qu’on avait décidé d’accueillir, d’entretenir, de chérir. Celle qu’on espérait que jamais elle n’allait ne se finir.

J’suis une grande nostalgique, tu vois. Parfois, afin d’arriver à t’oublier, j’essaie d’imaginer notre relation sous toutes les formes, afin de la voir de différentes manières se détériorer. Tantôt la maison incendiée, tantôt le déluge qui n’manque pas de tout emporter. Ces images servent à me réconforter, elles me donnent l’impression qu’mon deuil, j’ai beaucoup d’monde avec qui l’partager.

C’tait un peu ça, t’laisser partir, nous laisser partir.

Mettre ma vie en putain de chantier.

Une odeur de fumée mélangée à celle du fumier qui s’assurait de constamment m’planter dans un air avarié. Un goût âcre et amer de cendres dans la bouche. La vue toujours embrouillée par la fumée, et par les larmes de voir que c’que j’ai bâti s’est effondré. Un environnement gris plate semi noir d’un soleil qui est pas certain d’si un jour il va se relever.

Mais tu vois, même si j’suis une grande nostalgique, dans tout c’chantier j’arrive à m’émerveiller. Toutes ces odeurs et ces visions m’rappellent qu’on a existé. Qu’le moment qu’ça a duré, y’a aucun autre endroit où j’aurais voulu aller.

C’était bien, tout cet air avarié, ces choses parties en fumée. C’était bien, ça rappelle d’avancer, ça rappelle d’apprécier.

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