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Apprivoiser sa vulnérabilité

C’est l’histoire d’une petite fille qui, pour réussir à survivre, a dû jouer le rôle de femme forte beaucoup trop tôt.

« Si je pleure, je suis faible et si je suis faible, je ne m’en sortirai pas. »

C’est du haut de ses 8 ans qu’elle se répétait cette phrase avant de s’endormir, quand la gorge lui brûlait de ses larmes étouffées. Malheureusement, on aurait aimé que l’histoire se passe autrement, mais la vie le lui a rappelé souvent. Les anciennes blessures et de nouvelles apparaissant à grands coups de pelle dans la face, pour lui rappeler qu’elle ne pouvait pas se permettre cette hypersensibilité qui l’habitait.

Je suis une hypersensible qui ne ressent pas. Quand ça se passe, mon corps pogne en feu, l’air me poignarde, mais il n’y a rien qui parait.

J’aurais aimé qu’on me prenne par la main, plus jeune. Qu’on me dise que pleurer ce n’est pas être faible. Que ressentir, c’est une manière de vivre, que mon hypersensibilité ne serait pas une faiblesse. J’ai cru que j’étais insensible, intouchable. J’étais amère et cynique. C’était plus facile comme ça. La rage est plus facile à accepter que la tristesse. Si je suis fâchée, anyways, je n’ai pas l’air faible, juste d’une combattante.

Mais, avec les années, j’ai découvert mon hyperempathie. Comment je pourrais être insensible si je prends autant soin des autres? J’ai cette manie de toujours vouloir prendre soin d’autrui. De prendre leurs fardeaux sur mon dos. De toute manière, je suis habituée de souffrir, pis je le gère bien. Je m’inquiète des autres, pis je ne m’inquiète pas trop de moi. J’ai toujours survécu, je suis capable d’en prendre.

Pis un moment donné, j’ai perdu le contrôle. Ma tête est partie j’sais pas où, pis moi, je ne l’ai pas suivie. Ça n’allait pas. C’est comme si tout ce que j’avais voulu cacher ressortait tout croche. Ça faisait peur, pis je me faisais peur. Pis j’ai commencé une thérapie.

Deux ans et demi plus tard, je suis prête à ressentir. Ma tête pis moi, on garde le cap. On s’entend bien pis on est prêtes. On a réparé les blessures, même s’il reste des cicatrices. Mais c’est normal et ça va comme ça.

Mais comment je fais, aujourd’hui, pour faire comprendre à la petite fille de 8 ans qu’elle n’a plus à avoir peur? Elle a encore peur, parce qu’elle a appris que trop souvent, il y a des gens qui profitent d’elle ou qui s’en crissent un peu trop. Que s’ils peuvent voir sa vulnérabilité, ils savent qu’ils ont le pouvoir sur elle,  qu’elle tient à eux pis ils s’en servent.

J’aurais aimé lui prouver le contraire, mais les gens comme elle, au cœur grand comme le monde, c’est comme s’ils attiraient ce monde-là. Un peu comme si t’allais marcher dans le fin fond d’une forêt pis qu’une colonie de mouches noires sentait le sang frais pour la première fois de l’année. Pis elle, trop généreuse se faisait piquer sur tout le corps.

Je me suis outillée et bien entourée au fil des dernières années. J’ai une partie de moi qui est prête à vivre, pour de vrai. Ressentir l’amour à 100%, pleurer dans les films tristes, profiter de ces moments où il pleut de bonheur, au lieu de tout bloquer. Je suis prête à ce qu’on voie cette partie de moi, que je puisse la dévoiler, la partager et même qu’on m’aide à la supporter.

Aujourd’hui, petite fille, tu n’as plus besoin de te cacher. Pleurer fait partie de ta force. Pleure de joie, pleure de rage, pleure parce que t’as mal. C’est correct. Pis t’es belle comme ça, dans toute ta force pis dans toute ta vulnérabilité.

Pis au pire, l’huile à mouches est pas trop loin.

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