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Dire non et être une bonne personne (quand même)

Récemment, j’ai pris rendez-vous chez un concessionnaire automobile pour effectuer un rappel sur ma voiture. Je me retrouve donc, de très (trop) bonne heure, à attendre qu’on finisse de réparer mon bébé char. Au moment où on prononce mon nom dans le micro, je me dirige vers le comptoir, croyant que c’est terminé et que je pourrai continuer à vivre ma vie. J’ai plutôt droit à un : « Madame Lemay, les techniciens sont en train de procéder au rappel, ça se passe bien. On a cependant identifié un entretien à faire sur votre véhicule. Vous ne ferez pas d’accident avec ça, mais c’est un entretien qu’on vous recommande de faire ». À ce moment-là, je sais en dedans de moi que la bonne réponse devrait ressembler à :

Je ne suis pas ici pour ça, je vous remercie de me le signaler, je vais y penser.

Non merci, je vais d’abord en discuter avec le personnel de l’établissement qui s’occupe de l’entretien de ma voiture et en qui j’ai confiance.

Non merci.

Juste… non merci. Quelque part entre mes tripes et ma bouche, y’a eu un court-circuit : j’ai dit oui. Soixante-quinze dollars plus tard, je retournais à ma voiture en pestant contre moi-même et en me demandant à quel point je m’étais (volontairement) fait fourrer. L’un de mes frères m’a rapidement fourni la réponse : « Ouin, non, c’était pas vraiment nécessaire. Pis à ce prix-là, c’est certain qu’ils ont rien démonté. Ils t’ont chargé le temps à 120$/heure et 2-3 millilitres de produit. »

Je te l’accorde, c’était un oui de moindre importance. Mais, assise dans ma voiture ce matin-là, j’ai repensé à toutes ces autres fois où ça criait NON dans mon ventre, mais où j’ai dit oui. Toutes ces autres fois où je n’ai pas écouté ma petite voix, où je n’ai pas suivi ma ligne. Je n’ai pas appris à dire non. J’ai grandi avec le sentiment que dire non, c’est être une mauvaise fille/élève/personne. Résultat, maintenant que je suis adulte, je fais presque systématiquement passer les besoins des autres avant les miens. Pour compliquer un peu plus les choses, mon incapacité à dire non est proportionnelle à l’amour que je porte à la personne. Je te laisse imaginer les situations de marde que ça peut provoquer quand je tombe sur des personnes qui voient la faille et qui l’utilisent.

Que ce soit clair : on peut être une bonne personne ET dire non et mettre des limites. J’oserais même dire que pour être une bonne personne, on DOIT savoir dire non et mettre des limites. Se protéger, se respecter, savoir répondre à ses besoins, c’est sain et c’est souhaitable. La prochaine fois que ton ventre te criera non et que ta bouche ne voudra pas coopérer, rappelle-toi :

dire non ne signifie pas qu’on n’est pas généreux;

dire non ne signifie pas qu’on n’est pas aimant;

dire non ne signifie pas qu’on n’est pas bienveillant.

Les autres ne nous aiment pas moins lorsqu’on dit non. Au mieux, ils comprennent; au pire, ils sont fâchés un peu, mais personne ne remettra en cause notre qualité d’être humain. J’ai aussi appris que l’amour que les gens me portent est, ou devrait, être proportionnel à leur propension à m’aider à leur dire non, à comprendre que c’est difficile pour moi et à ne pas en abuser.

Fait que depuis l’incident du concessionnaire, j’ai demandé à mes ami-es de me tester et de me poser des questions auxquelles je dois répondre non. Ce sont mes ami-es, je les aime, ce sera difficile, mais ça me fait pratiquer et je me dis que chaque non me donnera un peu plus confiance. Est-ce que tu as envie de relever le défi avec moi?

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