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La revanche du clito

Après les monologues du vagin, place à la revanche du clito. On commence intense de même. Ma plume donne sa langue aux chattes pour rétablir quelques vérités et rattraper des siècles de silence.

Émancipation, libéralisation du corps des femmes, liberté sexuelle… En dépit d’avancées considérables, force est de constater qu’il reste de nombreux tabous et injonctions liés à la sexualité féminine ou plutôt aux sexualités féminines et aux plaisirs féminins qui, bien évidemment, se déclinent au pluriel. À la fois car ils peuvent prendre leur source d’une multitude de manières et parce qu’ils varient d’une femme à une autre.

Tabous sur le plaisir, tabous sur la masturbation, tabous sur les pratiques. Injonction à respecter un cadre établi, à ne pas sortir du carcan social.

De la liberté sexuelle à l’égalité sexuelle

De la libéralisation sexuelle des femmes, on est passé à leur hypersexualisation. Paradoxalement, il persiste une méconnaissance de notre propre sexualité.

L’hypersexualisation a plus conduit à une objectivation du corps des femmes qu’à une vraie liberté. On peut y voir une libéralisation dans le fait de s’habiller comme on veut, dans le fait d’être libre de disposer de son corps. Sauf que, bien souvent, cela reste dans un rapport à l’autre et en l’occurrence à l’homme. Du moins dans un contexte hétéronormé.

Dans ce schéma, les femmes sont l’objet du désir masculin jusqu’à devenir simple objet sexuel. Depuis toujours, on nous a appris à intérioriser leurs désirs, leurs fantasmes, leur libido et à ne pas se questionner sur nos propres envies et notre imaginaire sexuel. Pourtant la sexualité est riche et inventive. Encore peu connus, les pornos féministes laissent à voir d’autres avenues.

L’arnaque du préliminaire et du coït final

Préliminaires, ou cette vaste supercherie. Ce terme en lui même est une arnaque des temps modernes. Ce n’est pas un préambule pour préparer, tâter le terrain, ce n’est pas une entrée qu’on prend ou pas selon la faim, c’est un plat de résistance. Qui monte la résistance ? C’est un plaisir entier sans queue mais tête, qui n’a pas de fin.

Au vu du plaisir intense que peut procurer un cunnilingus, par exemple, je pense que cela mérite un Golden Globe dans le palmarès des actes sexuels. Le clitoris est, d’ailleurs, le seul organe destiné uniquement au plaisir alors pourquoi s’en priver?

Il y a tout un pan de plaisirs à explorer qui ne se limitent pas non plus à ce petit organe que l’on redécouvre en masse ou au fait de jouir… Et tandis que tout ce qui n’est pas phallique est vu comme préliminaire, on ne s’étonne guère que l’éjaculation masculine sonne bien souvent la fin de la game. Certains se moqueront éperdument du plaisir de leur partenaire, d’autres au contraire y accorderont trop d’importance. La jouissance à tout prix comme marque absolue de leur virilité.

Devoir d’érection, performance, perfection. Les hommes, aussi, sont dans un paradoxe d’omnipotence, qui les emprisonne dans une sexualité très formatée.

De plus en plus d’initiatives et de comptes Instagram questionnent, voire dénoncent la sexualité « traditionnelle » et ses diktats : Check ta chatte, T’as joui, Gang du Clito, Clit Révolution, The Vulva Gallerie… Du côté des hommes aussi, le compte Instagram Tu bandes publie des témoignages d’hommes pour libérer la parole et briser les stéréotypes.

S’affranchir des représentations stéréotypées des deux côtés n’est pas chose aisée. Reprendre les droits sur notre corps, c’est la voie vers une vraie liberté et une égalité sexuelle mais cela demande de la patience, de l’écoute et de la créativité, du respect.

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