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La maison de mon enfance

Dans la vie, il y a deux types de personnes.

Dans le coin droit, on a les gens qui ont passé toute leur vie dans la même maison. Leurs parents sont peut-être même encore ensemble et ces derniers habitent encore et toujours la même demeure que lorsque leur marmaille courrait d’un bout à l’autre de la maisonnée. Leurs Noëls se sont tous déroulés dans le même salon, ils ont passé l’Halloween dans le même quartier année après année et ils sont capables de donner les noms de leurs voisins. Pour eux, une bâtisse quelque part n’a plus de secret et est considérée comme étant la maison de leur enfance.

Dans le coin gauche, on a leur opposé, c’est-à-dire ceux qui vivaient dans des boîtes. Ceux pour qui rester plus de 1-2 ans quelque part avait quelque chose d’étonnant, voire d’anormal. Ceux qui ont changé d’école beaucoup trop souvent. Ceux qui n’ont jamais vraiment pu percer dans la ligue de soccer de leur quartier. Ceux pour qui se faire des amitiés qui perdurent dans le temps devenait une tâche titanesque.

Je fais partie de cette deuxième catégorie. 13 déménagements en 24 ans. 13 foyers qu’on m’a demandé d’appeler « chez moi ». 13 portes que j’ai déjà franchies pour une première fois à vitesse d’escargot tellement ma motivation à tout recommencer une énième fois était nowhere to be seen.

Je ne sais pas si je suis la seule de ma gang, mais malgré le nombre incroyable de fois où j’ai fait et défait des boîtes (no joke, j’en suis rendue à prendre ça en blague et à aimer aider mes ami.e.s à déménager), nonobstant le nombre pittoresque d’adresses que j’ai dû appeler « miennes », je ne me suis jamais réellement sentie chez moi.

Cependant, une petite maison de la rue Flamand dans la merveilleuse ville de Sherbrooke avait un petit quelque chose de spécial. Cette maison m’a vue grandir plus que n’importe où ailleurs. Cette maison sentait la cigarette plus qu’autre chose, mais cette maison, cette cour arrière, cette piscine hors terre avec son jardin et son cabanon un peu sketch a toujours été mon point de repère au fil de ma vie. Cette maison, c’était la maison de papi/mamie. Et récemment, cette maison a été vendue, sans que je puisse y faire quoi que ce soit. Sans que je puisse y dire adieu. Certains ont trouvé ma réaction stupide et démesurée, mais pour moi, un deuil était de mise. C’est en réfléchissant au pourquoi je me sentais comme ça que j’ai réalisé ce qu’une vie sans domicile fixe, une vie où le processus de changement d’adresse devient tellement fréquent que tu gardes presque les numéros de téléphone sur fast dial, pouvait avoir comme conséquences. De l’incertitude constante, un besoin de mouvement perpétuel, un problème avec l’engagement, stabilité précaire; la liste est longue en ce qui concerne les potentiels effets d’une vie à se promener d’une ville à l’autre.

En voulant rendre un dernier hommage à cet endroit si important pour moi, je me suis rendu compte qu’au final, ce sont les gens qui sont notre maison et non les charpentes qui supportent nos toits. Alors, comme disait Elvis, « Home is where the heart is » et tout compte fait, on s’en fout un peu (beaucoup, passionnément) du béton et des madriers.

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