Menu

L’insaisissable beauté de l’instant

Beauté.
Un mot qui possède au moins mille synonymes.
Une conception aux profondeurs variables.
Manifestation ou état de ce qui est beau. Mais qu’est-ce que la beauté, au juste?

À son stade superficiel, la beauté se voit. On la constate, la dévisage, l’analyse et la juge même parfois.
Mais qu’en est-il de la beauté qui se vit, qui se ressent?
Comment en arrive-t-on à se sentir submergé par elle, au point de vouloir arrêter le temps?
Il y a de ces moments inoubliables, rares et forts, que l’on voudrait cristalliser dans leur magie, en vain.
La beauté pure est puissante, enivrante. Lorsqu’elle nous prend, on ne voit qu’elle. Tout le reste pâlit, devient inintéressant et sans importance. Il n’y a que sa splendeur, son intensité et sa brillance.
Tel un puissant narcotique, elle nous quitte et nous dépose dans l’âme une euphorie qui se mue trop vite en un manque insoutenable.
Alors je tente de l’écrire. De l’immortaliser.
Égoïste, je la veux tout entière et à jamais.
Mais je n’en retiens que des fragments, poussières de charme éparpillées ici et là.

Le son de la pluie sur la tôle de la voiture
La chaleur de la peau, malgré la fraîcheur de la nuit
Des mots passionnés et rares, qui fuient à mesure que la mémoire les pourchasse
Des âmes qui se dévorent en une étreinte sur la banquette arrière.
L’amour au détriment du reste.
Un si petit instant dans l’univers, mais tellement gros dans la marge d’une vie
Douce et violente à la fois, au nom de l’amour sans contrainte
C’est une révolution de rien du tout.

Incomplet. Insuffisant. Les mots me manquent pour la faire revivre entièrement.
La beauté s’en va, comme l’amant frappé de culpabilité
Insaisissable, elle laisse sur le cœur l’empreinte d’une morsure ensanglantée
Abandonnant la rêveuse déchue aux pieds de sa tour Eiffel.

La beauté pure est éphémère. Et c’est justement cela qui la rend unique.
Mon seul pouvoir est d’accepter qu’elle me quitte, même si elle me laisse un peu éraflée.
Je préfère marquer ma vie de ses précieuses cicatrices, plutôt que de me rendre imperméable à sa magie.
Je me mets tout entière à sa disposition. Prête à prendre.
Il me suffit d’être à l’affut de sa présence. De ne pas laisser mon quotidien surchargé m’ensevelir au point de me rendre invisible.
Patiente, j’attends son retour.

 

Et elle repasse. Elle finit toujours par repasser.
Et elle m’aime encore, l’espace d’un instant.
Après tout, minuit revient chaque jour à Paris, même si ça ne dure qu’une minute.

Source photo de couverture

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2019. Tous droits réservés
Une réalisation de