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Obsession : productivité et efficacité

Chaque automne, je me dis : « Cet été, je me prends des vacances!» Chaque été, il se passe la même chose : 2 semaines après la fin de mes cours, si je ne travaille toujours pas à temps plein, je panique.

Cet été, j’aurai eu 3 emplois qui se chevauchent, un à temps plein et deux à temps partiel. Chacun m’apportant des opportunités vraiment intéressantes professionnellement, donc comment je pouvais m’empêcher de postuler ET d’accepter une fois engagée?

Je suis productive et efficace. Ces caractéristiques ont longtemps été mes principales qualités. Parce que je n’aime pas perdre de temps. Parce que si on peut le faire bien et rapidement, même si ça utilise plus d’énergie, je ne vois pas pourquoi je ne le ferais pas comme ça.

Cette obsession à la productivité et l’efficacité me suit dans tous les aspects de ma vie :

Quand je travaille, je travaille rapidement et bien. Je surprends toujours mes supérieurs. « Elle travaille tellement bien! » Je deviens vite une excellente employée. Les autres ne suivent pas mon rythme, donc je finis par effectuer plus de tâches, en aidant les autres ou en prenant de l’avance.

Quand j’étudie, je suis capable de faire des sessions intensives d’environ 4 heures où je retiens l’équivalent d’une journée d’étude. Après une session, je sens mon cerveau comme du JELL-O, mais j’ai été efficace et après je peux faire d’autres tâches, mais qui ne demandent pas de stimulation intellectuelle.

Quand j’ai une journée de congé, mon horaire est très chargé : rendez-vous au psy, promenade de chien, épicerie ou cuisine pour la semaine, j’organise minutieusement mon temps pour que chaque moment soit planifié.

Quand j’ai un peu de temps libre, dans mes tâches qui demandent moins d’activité intellectuelle, j’écoute des séries ou des films en même temps. Comme ça, je peux combiner devoirs et plaisirs. Faire des tâches ménagères et des devoirs devient donc moins pénible. Je perds un peu en efficacité, mais je peux en faire plus longtemps.

Si à mon travail je ne fais rien, je deviens irritable et je suis fâchée, car je me dis que je pourrais faire quelque chose de plus productif; devoirs, ménage, etc. Mon besoin de productivité est maladif.

À travers tout ça, je travaille sur moi, à être heureuse, à l’aide de ma psychothérapie pis de beaucoup d’introspection. Parce que plus vite je vais mieux, plus longtemps je vais être heureuse (faut être efficace sur ce point aussi, t’sais…),

J’ai toujours l’impression que je frôle le burn-out. Quand je m’en sens trop près, je calme la cadence en mangeant plus de resto, en dormant 10-12 heures pis en diminuant un peu mes heures de travail. Après, j’angoisse en me disant que je devrais travailler plus, parce que le resto, ça coûte cher, pis je me sens mal d’avoir du temps pour me reposer.

Depuis quelques mois, je vais mieux. Pour la première fois de ma vie, je suis heureuse. Et je me rends compte que mon rythme de vie n’est pas sain. J’ai l’impression que tout me pousse à toujours être surchargée.

Mon mal-être dans ma tête a fait en sorte qu’être seule avec moi-même me rendait mal à l’aise. J’ai donc pris des engagements qui prennent la plupart de mon temps. Si jamais j’ai un peu de temps libre, j’ai un million de projets en tête. Les projets qui passent en premier sont ceux qui m’aideront à avancer professionnellement. J’ai aussi des projets de DIY de vieux meubles, de romans ou d’art, mais je sais que je n’aurai pas vraiment le temps avant le reste de toute façon.

Combien de fois avez-vous entendu des phrases du genre : les étudiants sont lâches, les jeunes de nos jours ne savent pas travailler pis ils font la grève juste pour avoir des congés. Des fois, ça fait écho dans ma tête et ça crée une pression sociale. Je culpabilise si je fais quelque chose qui ne soit bénéfique ni financièrement ni professionnellement.

On va se le dire, je suis épuisée. Je suis tellement épuisée que je n’ai plus l’énergie de me lever quand j’ai enfin du vrai temps libre pour des activités le fun. Je préfère me gaver de réseaux sociaux pis abrutir mon cerveau. Ça me fait du bien, pis ça ne demande pas trop d’énergie. Des fois, je me saoule la gueule, ça libère la freak control le temps d’une soirée. Ça me fait tougher quelques semaines de plus.

Le soir, je fais de l’insomnie, car je pense à la planification de mes semaines chargées. Je fais de l’anxiété que je gère le mieux que je peux, en la diffusant dans mes muscles qui deviennent hyper tendus et qui m’occasionnent des maux de tête et des migraines.

Je n’écris pas cet article-là pour me plaindre. Il y a une grande partie de ma surcharge qui est de ma responsabilité. Je travaille activement à avoir une charge plus saine (un autre truc sur la liste à faire…), mais je me rends compte que je ne suis pas la seule dans cette situation.

Notre génération a une grosse pression sociale pour plein d’affaires : s’épanouir professionnellement, parce qu’il faut se sentir bien dans son emploi; avoir une bonne santé mentale, parce qu’on est plus à risque aujourd’hui; agir pour la planète, parce qu’on a l’air d’être les seuls à être au courant de ce qui se passe pour de vrai; être heureux, parce qu’on a plus d’opportunités et de facilités; faire mieux qu’avant, parce qu’on a plus de ressources, parce qu’on est plus éduqués, parce qu’on est moins contraints…

… Fait que finalement, cet été, je vais prendre des vacances si je trouve une licorne OU un remède pour le cancer. Sinon, ça ira à l’été prochain.

Crédit photo : Karianne Martel

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