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Je veux habiter seule

Mon grand-père se berçait seul sur son balcon.

Souvent, c’était la scène qu’on retrouvait dès qu’on arrivait à sa maison.

On savait pas trop depuis combien de temps il se balançait, pourtant le temps n’avait jamais l’air trop long.

Il avait l’air bien. Jamais seul. De toute façon, grand-maman était jamais trop loin à jardiner avec son chapeau.

J’adore observer les personnes âgées. J’me dis que c’est sans doute celles qu’on doit le plus fixer. Au baluchon rempli de péripéties qu’elles traînent, pas mal certaine que les secrets de la vie se retrouvent dans leurs mains ridées.

Quand j’étais plus jeune, j’avais le motton facile à les voir seules. Sans doute à cause de l’idée préconçue qui circule dans la société comme quoi si on est seul.e, on est nécessairement triste.

Mais en réalité, quand je prends le temps de les regarder un peu plus attentivement, je me rends compte que la plupart d’entre elles ont l’air en paix. Un peu comme si elles se confiaient à elles-mêmes les détails de leur propre vie et que c’était l’histoire la plus captivante au monde.

J’ai décidé d’habiter seule.

J’ai envie de m’isoler un peu.

Et je ne suis pas triste pour autant. Je prends une pause, mamie.

J’ai toujours vraiment aimé le monde et c’est encore le cas.

Par contre, dans les derniers mois, j’ai aussi appris à vraiment m’aimer et j’ai envie de continuer dans cette lignée-là. J’avais peur de moi-même autrefois, maintenant j’me trouve plutôt cool et je suis même heureuse à l’idée de me retrouver seule. J’veux voir jusqu’où je peux aller.

J’ai été beaucoup entourée. J’ai vécu dans à peu près tous les scénarios d’habitation au monde. Avec une gang d’étudiants, des meilleurs amis, la famille, avec un chat, avec l’amour pis name it.

Et là, je pense que c’est le temps que j’habite seule.

J’ai traversé beaucoup de tempêtes dans les dernières années. Ça se vainc pas comme ça, ces ouragans-là. Faut que tu sois plus forte qu’eux pour passer au travers. Faut que tu te battes avec une force que tu savais même pas que t’avais en toi.

Maintenant, je suis au repos.

J’ai envie, à mon tour, de me bercer seule sur le balcon et de me raconter les détails de ma propre vie, mes péripéties des dernières années. De bien analyser l’entièreté de mon passé pour mieux construire l’univers de mon futur.

C’est gros tout ce qui s’en vient. Je complète le scénario avant le reste de ma vie. Je m’assure de la force de mes fondations.

Ma coloc, c’est la paix qui me suit au cul depuis quelque temps.

Elle pis moi, on se prépare un de ces nids d’amour.

Je veux apprendre à jouer de la « guit » sans que personne ne me montre comment faire, jouer des tonnes de mélodies au piano que personne n’entendra, dessiner sans aucun modèle, faire des recherches sur mes artistes préférés et garder tout ce que je découvre pour moi, me faire moi-même mon propre café et lire des histoires qu’un jour je vivrai bien à mon tour.

J’veux être seule, un peu. Le temps n’a toujours pas l’air trop long.

Au plaisir de me balancer sur un balcon près de chez vous.

Source photo de couverture : Unsplash

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