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À toutes les autres survivantes

Chère fleur piétinée,

Toi dont quelqu’un a volé des pétales, coupé un bout de tige, déchiré les feuilles. Toi que quelqu’un a asséchée ou noyée ou maintenue dans l’ombre. Toi que quelqu’un a tenté de tuer sans trop s’en rendre compte.

Tu appelles peut-être ça une mauvaise baise, une relation non consentante, une agression sexuelle ou un viol. Tu appelles peut-être ça des chicanes, une relation malsaine ou de la violence conjugale. Tu ne l’appelles peut-être pas, parce que c’est trop difficile à nommer.

Chère fleur piétinée,

Je t’écris aujourd’hui ce que j’aurais voulu lire il y a un an. J’aurais voulu trouver quelque part dans mon Facebook feed des mots qui m’auraient fait pleurer, des mots qui m’auraient fait comprendre parce que je me serais finalement comprise, des mots qu’on n’ose souvent pas dire. J’aurais voulu tomber sur cet article plutôt que sur tous ceux, trop froids, qui décrivaient la réalité telle que perçue par les autres, par toutes ces personnes qui ne l’ont pas vécu. J’espère donc que ces mots seront de l’engrais pour nourrir ta guérison.

C’est triste, mais moi ça m’a fait du bien de le savoir : nous ne sommes pas seules.

D’abord, je te crois. Ta vérité de fleur fanée est la mienne. Peu importe ce que ceux qui te piétinent disent. Peu importe ce que la police, ton entourage ou ton milieu professionnel dit. Tout ce que tu vis est valide, crissement valide. Ça existe, il n’y a pas de mot assez fort pour décrire comment ça fait mal, et c’est vrai.

Ensuite, tu survivras. Le chemin est long et pénible et loin d’être linéaire pour fleurir à nouveau, mais tu fleuriras et ces fleurs seront splendides, sans pareil. Pour grandir, il faut parfois s’enraciner davantage, et ce n’est pas parce que tu ne vois pas les racines qu’elles ne poussent pas, que tu ne te solidifies pas.

Tu évolueras. La tige coupée peut ne jamais repousser, mais une autre tige poussera, crois-moi, et cette tige sera tout aussi belle, si ce n’est plus, car elle sera le fruit de ta force et de ta résilience. C’est possible de faire du beau avec du triste.

Tu n’es pas responsable des actions que d’autres ont posées contre toi. Aucune fleur ne court après le ciseau qui la coupe. La fleur est, et c’est assez pour que des ciseaux veuillent la capturer. La fleur est, et elle sera encore, bien après la coupe. Le pouvoir sur ta vie t’a été volé l’espace d’un saccage, mais le pouvoir t’appartient de te rebâtir.

Tu as le contrôle sur ta guérison. Ça sera pas facile. Ça sera pas juste. Mais ça va être ton chemin à toi, à ton rythme à toi, selon tes moyens à toi. Personne ne pourra pousser tes racines, tes tiges et tes feuilles à ta place. Personne ne pourra fleurir pour toi.

Chère fleur abîmée, prends le temps d’écouter tes besoins. Prends tout le soleil, toute la pluie et toute la terre dont tu as besoin. Prends soin de toi. Trouve ou retrouve cet équilibre qui te faisait sourire. Vas-y un pas à la fois. C’est florissante et épanouie que tu regarderas tout le chemin que tu as fait pour te transformer en toi-même et que tu réaliseras le miracle que tu viens de créer.

One thought on “À toutes les autres survivantes

  1. Quel beau texte! Fort percutant! Réconfortant!
    Tu es vraiment douée pour trouver les images fortes, «fleurs piétinées», qui vont de pair avec les mots que tu utilises afin de susciter l’émotion vécue et ressentie.
    Un texte efficace!
    Bravo Camille!

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