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Je m’invente des histoires d’amour en attendant ton retour (pis je rime, à part de t’ça)

Je réalise que dans ma vie, j’ai plus souvent aimé du monde sans qu’ils le sachent que j’ai aimé du monde pour vrai de façon commune et partagée. Je pourrais rebaptiser ma vie « les amours imaginaires » tellement je suis bonne pour être amoureuse toute seule dans mon coin –  mais pas la version de Xavier Dolan là, dans le fond laissez faire, j’appellerais pas ma vie comme ça, ce serait ben trop de pression, j’arriverais jamais à être plus excitante que deux gars en salopette qui se frenchent dans de la peinture.

Sans blague je suis toujours en train d’avoir un kick sur un gars ou de niaiser sur le fait qu’untel est l’homme de ma vie pis qu’ensemble on va tripper sur la poterie pis le kayak tandem.

J’ai l’amour éphémère, comme une bombe de bain. Trop coloré, trop intense, trop parfumé de parfum qui sent la pitoune, mais au moins, en quelques secondes y’en a pu, pis si c’était pas de l’eau un peu plus rose et odorante qu’avant, tu pourrais jurer qu’il s’est jamais rien passé dans ce bain-là.

J’ai toujours été comme ça, amoureuse. Je pense que le gars a toujours été un prétexte pour que je sois amoureuse, sans l’être nécessairement du gars.

Sauf toi.

Mais j’ai pas envie de parler de toi maintenant, sors. (Moment où je te visualise sortir en me faisant un clin d’œil avant de fermer la porte derrière toi. Fuck pourquoi j’ai ajouté un clin d’œil à cette image mentale-là. Tu sors pis tu fermes la porte, that’s it, pas de clin d’œil, on va pas se faire croire que tu me cruises encore, c’est fini ce temps-là.)

Par exemple, en ce moment je me fais croire que je trippe sur un gars. Un gars beau, ben trop beau pour moi. Un gars musicien, ben trop musicien pour moi. Moi, je joue d’aucun instrument pis je chante comme une marde. Un gars qui a sa guit’, son band, ses cheveux longs pis sûrement quatre cent mille filles qui seraient prêtes à lui flasher leurs boules rien que pour échanger un regard avec lui. Pis ben moi, je flasherais jamais mes boules, c’est ben trop cher payé pour un regard.

Dans ma tête, je m’imagine que ça se peut, qu’un de nos amis en communs va nous présenter, qu’on va se cruiser accoté pis qu’à la fin de la soirée, il va me demander mon numéro de cell pis un peu m’embrasser mais pas trop, pour que je comprenne qu’il a vraiment envie d’apprendre à me connaître.

Dans ma tête, y’a toujours trop de canons de confettis pis de première date en vélo pour aller se chercher un cornet. On dirait que mes idéaux ont pas changé depuis que j’ai genre 7 ans pis que je propose toujours de faire un bal de princesses pis de chevaliers comme prochain projet de classe. Dans ma tête, ma rencontre avec ce gars-là est un chicflic flamboyant qui serait plus beau et ferait plus pleurer que n’importe quelle adaptation cinématographique d’un des romans de Nicholas Sparks (t’sais, The Notebook) (je sais, je mets la barre haute) (« La barre est haute! Avec Bueno!! »).

Je trippe, ou plutôt je fantasme sur ce gars-là, mais surtout sur mon idée de ce qu’est ce gars-là. Dans mes scénarios de fille fuckée dans ‘tête, on tombe amoureux, simple de même. On se regarde pis pif paf, on tombe amoureux pis on fait des sorties niaiseuses de couple genre aller au IKEA ensemble.

Je suis contente que ce gars-là sache pas tout ce que je me dis sur lui dans ma tête, j’aurais vraiment l’air weird, genre turbo fucking weird de chez Weird Dépôt et compagnie (« Weird Dépôt et compagnie », yiash, je gosse donc ben).

Fait que je trippe sur le gars beau comme se doit d’être beau Roméo dans Roméo et Juliette. Ben voyons, pourquoi je spécifie « dans Roméo et Juliette », comme si y’avait eu un autre grand Roméo dans l’histoire de l’humanité…

Anyway, il a sûrement déjà sa Juliette, ce chaud-musicien-Roméo-là. Ils ont toujours déjà leur Juliette, les chauds-musiciens-Roméos.

De toute façon, c’est pas comme si j’allais me faire croire que de tripper sur Roméo c’est pas une autre de mes pitoyables et lamentables tentatives d’arrêter de t’aimer toi, celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Hey, j’avais dit sors sans clin d’œil, t’as pas d’affaire ici. Laisse-moi donc être amoureuse de l’amour tu-seule tranquille sans venir me crever le cœur avec les flashbacks de notre amour trop parfait mais pas assez pour durer toute la vie. Laisse-moi donc aller mieux en trippant sur du monde que j’aimerai jamais autant que toi, s’il-te-plait.

Ça change les idées pis ça passe le temps, de se raconter des histoires d’amour, je trouve.

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