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Je l’ai aimé : histoire de maîtresse

Je l’ai rencontré à une époque où je croyais que l’amour devait brûler, consumer, pour exister. Je devais apprendre que l’amour qui consume, c’est aussi l’amour qui blesse. Lorsque j’ai su que tu partageais sa vie, mon cœur et mon corps criaient qu’il était déjà trop tard, que je ne pourrais plus changer le cours des choses. Nous étions allés beaucoup trop loin pour ne pas vivre notre histoire jusqu’au bout.

Alors que j’avais toujours été farouchement indépendante, je me surprenais à fixer le téléphone, à réciter des incantations pour qu’il sonne. À ce moment précis, rien n’était plus bruyant que ce téléphone qui ne sonnait pas. C’est languissante, vautrée dans nos draps d’amants rêches, que je me saoûlais de son absence. Dans la noirceur de ma chambre ou dans la violente clarté du jour, il m’est arrivé de sentir cette absence si douloureusement que j’ai parfois cru ne jamais pouvoir m’en défaire. J’ai écrit son nom sur un bout de papier qui traînait, une fois, cent fois, et ce nom devenait une bouée, une certitude de son existence. L’idée que peut-être, au moment où je pensais à lui, il lisait un journal sur le coin d’une table me donnait le sentiment d’être proche de lui, de partager son quotidien. Étrange, n’est-ce pas, comme ces actions peuvent rassurer? Et lentement, la folie me quittait, et lui avec elle. Nous étions devenues celles qui attendent : moi, qu’il arrive, toi, qu’il revienne.

Les années m’ont usée et vous aussi. Alors que la tendresse de nos baisers me laissait un goût amer et que jamais dans mes yeux cet éclat de tristesse ne s’apaisait, tu es parti. Il s’est brisé et moi avec lui. J’ai séché ses larmes en le serrant contre moi, les miennes coulaient silencieusement. Je suis restée encore un peu, mais tranquillement, j’imaginais que je le quittais et ça ne faisait plus aussi mal. Je m’étais consumée.

Ne reste plus que du très banal; je n’ai plus rien à raconter. J’ai tout écrit déjà, sauf peut-être que je l’ai aimé.

ANONYME

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