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Ta prochaine lecture d’été

Je suis attablée à la terrasse d’un café sur la 3e avenue. Soleil, cappuccino et lecture. L’été ne pourrait débuter de meilleure façon.

À peine ai-je ouvert Pour cœurs appauvris de Corinne Larochelle que mon café me semble encore plus délicieux. La chaleur se ressent d’une page à l’autre, accentuant la douce sensation du soleil sur ma peau.

Le désir monte au fil des mots. Désir d’évasion, de tendresse, d’amour tout court. J’ai envie de me perdre quelque part avec quelqu’un.

Je lève les yeux du livre un instant. J’observe les gens qui m’entourent et je remarque à quel point ils sont beaux.

Après avoir lu quelques nouvelles, j’ai maintenant envie d’adresser la parole à un inconnu. Juste pour voir ce qui va se passer. Pour me donner une chance de vivre une histoire, moi aussi.

Évidemment trop timide, je me replonge dans ma lecture, gardant pour l’instant mon désir de je ne sais quoi de l’ordre du fantasme.

 

Je décide de poursuivre ma lecture au Parc de l’Anse à Cartier. Étendue dans l’herbe, je me laisse charmer par la beauté d’une nouvelle intitulée Le jardinier.

« J’ai mis du temps à échanger avec mon voisin, une année pour le saluer des yeux, une autre pour dire bonjour. Une drôle de faune habite l’immeuble du coin de la rue. J’ai vu une femme en sortir au plus froid de janvier, vêtue de sacs-poubelles, un sein découvert, des gougounes aux pieds. Quant à lui, circonspect et réservé sur sa petite chaise de bois, il a l’air d’un oracle aux cheveux blancs. »

Une scène que j’aurais très bien pu apercevoir de mon balcon dans mon Limoilou adoré. Cet extrait me fait aimer ce vieux voisin mystérieux, lisant devant chez lui à longueur d’été, à qui je n’ai jamais adressé la parole. Un homme cultivé sans doute, pour qui je me suis inquiétée tout l’hiver, car il ne sortait plus. J’avais peur qu’il ne passe pas au travers.

Mais où diable avons-nous perdu la faculté de se rapprocher d’autrui, de se parler les uns les autres? Pourquoi est-ce qu’on se toise sans même oser s’adresser un mot?

 

Pour cœurs appauvris est un livre qui nous amène inévitablement à nous questionner sur l’importance que l’on accorde à nos relations. Agissant comme un miroir, il nous renvoie nos patterns relationnels en plein visage, ne manquant pas de nous écorcher au passage :

« Si, sur la couette, une ombre se détache, je lui souris comme on sourit aux fantômes. C’est peut-être un souvenir. Ou un regret. C’est peut-être la forme insaisissable d’une absence. »

On doit se retenir de toutes nos forces pour ne pas envoyer cet extrait à celui qui nous a brisé le cœur, mais qu’on a tant aimé.

Et puis à quoi bon, et si on ne se retenait pas? Si nous laissions le désir nous guider?

Les courtes histoires de Corinne Larochelle tournent autour de ce désir devant lequel on est tous bien faibles, même si on aimerait se faire croire le contraire. Elles se succèdent en gardant parfois un lien entre elles, et parfois pas. Dans tous les cas, elles ne manquent pas de nous rappeler la beauté des relations humaines, mais aussi l’absurdité du « dating » moderne. Dissimulant assez mal mon sourire en coin, je prends plaisir à revivre en souvenir, attendrie, cette aventure d’un soir avec un parfait inconnu. C’est un hommage à ces rencontres qui n’ont pas duré, mais dont on se souvient des années durant.

Il n’y a pas à dire, c’est avec un plaisir coupable et des émotions en dents de scie que Corinne Larochelle nous replonge dans nos histoires d’amour. Celles qui n’ont duré que quelques heures, tout comme celles qui ne finissent jamais tout à fait.

© photo de couverture : Sarah B. Delisle

Pour coeur appauvris est paru chez Le Cheval d’août éditeur en 2019.

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