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Être féministe et dater des hommes cis

Je suis féministe. C’est tatoué sur ma peau, gravé dans mon esprit, reflété dans chacune de mes actions. Le féminisme, c’est pas une haine des hommes. Le féminisme intersectionnel, c’est pas une haine des hommes blancs cisgenres hétérosexuels fortunés. Être féministe, c’est pas être lesbienne.

Mais.

Je trouve la dating life (j’inclus là-dedans tout ce qui est sexuel ou romantique) ben tough, en tant que féministe présentement attirée par des hommes cisgenres.

Je pense pas être seule. Parce que quand t’es féministe et que t’es attiré.e physiquement et/ou romantiquement par des hommes, ben tu le sais que les conflits intérieurs sont probables.

Parce que l’institution du couple transpire le patriarcat comme une poche de hockey sent le swing. Que ce soit dans le first move encore souvent confié aux hommes, dans la charge mentale encore imposée aux femmes, dans les travaux sexuel, reproducteur, émotionnel et ménager qui sont tenus pour acquis dans les relations hétéros.

Moi, ça m’affecte dans les moindres détails, jusqu’aux positions de cuddling. J’aimerais ça être la grande cuillère plus souvent, pis moi aussi j’ai envie de flatter les cheveux d’une tête sur mon chest pendant que je suis couchée sur le dos.

Je fais juste l’écrire pis je me dis d’emblée « ben là, tu chiales pour des niaiseries, on s’en fout de la position de cuddling ». Ça, c’est la voix du patriarcat qui invalide mes réflexions de femme parce que je suis donc compliquée, névrosée, folle de capoter pour rien. Ma colère est donc pas légitime aux yeux de cette voix-là, que j’ai intériorisée en écoutant des films de Disney et des séries 13+ sur Vrak.TV.

Et cette voix-là, elle parle pas souvent dans ma tête. Elle parle pas quand je m’épile pas, ni quand je dis que j’aime pas cuisiner, ni quand je fais des sports extrêmes. Mais elle s’en permet en ti-pépère quand vient le temps de cruiser. I guess que ça reflète comment je vois la séduction comme le pire vortex patriarcal possible.

Et ça fait mal d’entendre cette voix avec laquelle je veux pas être d’accord. Ça fait mal de vouloir être avec quelqu’un tout en haïssant du plus profond de ses tripes comment on est avec cette personne. Ça fait mal d’adorer tellement d’aspects d’une personne, mais que certains soient exactement ce qu’on redoutait. Ça fait mal d’aimer un oppresseur.

Pis veut, veut pas, c’est quand même ça que c’est, une féministe attirée par des hommes. Une personne consciente du système d’oppression dans lequel elle est victime et l’autre, oppresseur, mais vouloir être avec l’autre quand même.

Pis oui, les hommes subissent aussi le patriarcat. J’ai envie d’être aussi patiente envers un homme qui ne sait pas exprimer sa tristesse que je m’attends qu’un homme soit patient envers moi qui exprime mal ma colère.

Mais c’est tellement difficile de trouver cet homme aussi féministe que moi, prêt à reconnaître ses incohérences patriarcales et à les démanteler, tout comme je suis prête à le faire pour les miennes. C’est difficile de trouver un homme qui comprenne, tout comme ça doit être super difficile pour un homme de comprendre.

Pis les hommes, j’ai pas envie de les haïr. J’ai envie de les aimer, de pas vouloir les changer, de les trouver donc fantastiques. Mais à date, j’ai jamais rencontré un homme qui m’a pas déçue par son patriarcat encore intériorisé. J’ai jamais rencontré un homme que je voulais pas changer un peu.

Pis j’ai ben du monde féministe dans mon entourage. Du monde en couple et célibataire. Les féministes en relation hétéro font des compromis sur leur féminisme, acceptent un certain niveau de patriarcat romantique. Les féministes queer voient souvent les relations hétéros d’un mauvais œil, « j’ai daté des gars cis, pus jamais ».

En même temps que ça me rassure, savoir que je suis pas seule me blesse profondément. Le féminisme, c’est notamment l’empowerment, c’est notamment croire en la capacité d’une personne de reprendre le pouvoir sur sa vie. Arrêter de dater des dudes cis, c’est arrêter de croire en leur capacité d’être des bons partenaires. J’ai pas envie d’arrêter de croire en eux. J’aimerais donc ça croire un peu à #NotAllMen.

Mais bon, en attendant, je suis célibataire on the road to nowhere pis je fais juste le triste constat que c’est plus facile pour moi de fuir la vie de couple hétéro comme la peste que de m’engager dans une relation avec une personne qui nourrira quotidiennement la voix du patriarcat dans ma tête sans s’en rendre compte.

Pis même si j’ai pus vraiment espoir, j’aimerais vraiment rencontrer un homme d’exception, même pas besoin qu’il soit disponible ou intéressé à moi, juste pour savoir que ça existe, un homme cis pas patriarcal dans sa romance ni dans sa sexualité.

5 thoughts on “Être féministe et dater des hommes cis

  1. Excellent écrit. Mon coeur de vieille femme se serre. Ce que tu adores le plus chez l’autre, c’est justement ce que tu n’écoutes pas en toi, ce que tu négliges de reconnaître comme étant une part de toi, femme avec des aspects masculins, des besoins, notamment ton besoin d’être reconnue dans l’agir comme une égale, ce qui n’est pas souvent le cas au quotidien.

    Tu as raison, c’est très difficile d’être femme, consciente. On ne peut changer l´autre. Mais à mesure que tu avanceras vers toi-même, en affirmant qui tu es, ce que tu désires et aimes, cela changera inévitablement l’autre. Mais ce n’est pas sans passage à vide, sans une grande solitude. Être féministe n’est pas un choix, mais une nécessité pour aller toujours plus vers soi dans ce monde….un travail de toute une vie….avec tous les paradoxes que cela comporte. Mes pensées pour toi dans l’action. La femme a souvent cette force d’agir sa pensée, de connecter sa pensée à l’action….

  2. Oui, en effet le patriarcat est bien encore ancré même si on se dit société féministe. Mais pour moi qui a été élevé par un père au foyer et une mère au travail dans les années 90, c’est chose quelque peu différente. Un jour je l’espère la définition des rôles au sein du couple lambda sera fait en fonction des compétences et de la personnalité de chacun et non d’après un héritage culturel que l’on croit inscrit dans nos gènes. Pour l’heure, on a encore beaucoup de chemin à faire!

  3. Les hommes cis est un étiquette collé à tous les hommes blanc. C’est triste que en tant que féministe tu t’obliges ou ressens la nécessité d’en vouloir à l’autre sexe. Ce que je te proposerais ça serait de voir ton futur couple comme deux personnes égales qui décident d avancer ensemble. Il a le droit de se coller contre ta poitrine tout comme tu a sur le droit de te coller contre la sienne. Bien sûr il y aura toujours des combat, car il y a son éducation qui entre en jeu et la tienne aussi, mais rien n empêche de bien séparer les tâches! Et des hommes qui croient en l égalité ça l existe suffi de le trouver et le garder 😉

  4. Encore faudrait il être prête à accepter un homme qui respecte notre plus totale liberté.

    Dans cette voie, je pense que l’on peut considérer qu’avant d’être des femmes et hommes machistes, nous somme des hommes et femmes, et avant cela, nous sommes des humains, nous sommes des animaux, nous sommes des êtres vivants, nous sommes des êtres « existant ». Chacunes de ces couches de plus en plus profondes correspond à un fonctionnement plus profond également. Seul la dernière couche, la couche culturelle nous dérange et évolue selon les époques. c’est également la plus facile à faire évoluer.

    Au delà du problème des relations hommes femmes, j’ai l’impression que dans nos sociétés, c’est déjà le rapport à l’autre qui est catastrophique. Nous voyons l’autre comme source de profit personnel, de risques ou bien nous l’ignorons complètement alors qu’en considérant nos rencontres comme source d’enrichissement mutuel, cela changerait complètement la donne et cela peu importe le sexe ou le genre de l’autre. Nous avons oublié que le collectif et le personnel peuvent coïncider alors que c’est dans vers cet espace qu’il faudrait tendre.

    je me considère comme post-féministe conscient néanmoins qu’il reste du travail à faire dans nos sociétés occidentales, et des révolutions dans beaucoup d’autres endroits de la planète.

    le féminisme c’est peut être un peu comme l’écologie, ce n’est pas notre génération que l’on peut changer, mais la suivante.

  5. Comme c est touchant tous ces tourments qui peuvent habiter le coeur et l esprit de chacune de nous…comment être indépendante et dépendante des hommes en même temps…et si vous vous laissiez aller, lâcher prise à ce désir d’être chouchoutée dans certains domaines et parfaitement autonomes dans d’autres….homme femme si on se considérait comme une équipe…parfois nous sommes le moteur et parfois c est lui. Se détacher des dictats sociétaux est complexe et un vrai travail de vigilance tous les jours…mais n’est ce pas terriblement féministe d écouter sa petite voix intérieure? Les femmes de par leurs nature physique et biochimique auront toujours un pas d avance, c est comme ça… nous ne l avons pas choisi, nous l avons en nous! Alors profitons en pour adapter les règles du jeu de ce monde…

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