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Aller au bout du monde pour aller au bout de soi

Il y a plus de trois ans, je m’apprêtais à découvrir des histoires fabuleuses avec le projet MétamorFaiseurs. Pendant plus de six mois, j’ai voyagé en Afrique et en Asie pour aller à la rencontre de Faiseurs.ses, qui, de par leurs initiatives, changent le monde à leur façon, localement ou plus massivement… Des femmes et des hommes qui apportent une touche d’espoir, qui proposent une autre façon de concevoir et de consommer le monde.

J’ai vécu des moments incroyables. Hors du temps, hors de l’espace… hors de moi-même. Partir explorer le monde, c’est un peu partir s’explorer soi-même pour en sortir quelque chose de plus grand.

Voyager seule pour mieux s’ouvrir

Voyager seule, c’est une opportunité unique de rencontres et d’échanges culturels. Quand on est seul, on est généralement encore plus ouvert aux rencontres, car on a ce besoin de tisser des liens affectifs et sociaux. Pour autant, il est parfois facile de passer à côté du voyage, de rencontrer uniquement d’autres voyageurs, d’enchaîner les sightseeings, de faire quelques « expériences locales » juste pour dire, mais de rester finalement en surface.

« Le vrai voyageur ne sait pas où il va » (proverbe chinois), il.elle aime se perdre, se laisser porter par le vent des rencontres. Et quelle merveilleuse façon de découvrir un pays que par ses habitants.

Voyager, c’est s’ouvrir sans préjugé, juger ni de près ni de loin. Découvrir, accueillir, partager. Si le voyage forme la jeunesse, les rencontres forgent l’humain.

Durant mon voyage, j’ai fait de merveilleuses rencontres. Il y a eu bien sûr les Faiseurs.ses que j’ai interviewés.es, ainsi que les EntreFaiseurs.ses  (toutes ces personnes qui m’ont aidée d’une manière ou d’une autre, qui m’ont conseillée, mise en contact, qui m’ont parfois même offert leur hospitalité). Mais la rencontre, c’est aussi et surtout toutes ces personnes aperçues dans la rue, dans un café, dans un bus… Ce sont des regards, des sourires, des petits gestes qui gonflent le coeur. Ce sont aussi ces personnes que l’on croise sur la route et avec qui on fait parfois un bout de chemin. C’est toute cette gentillesse gratuite, ce sont toutes ces relations simples et pourtant pleines d’humanité.

J’ai vécu à plusieurs reprises dans des communautés où j’étais la seule étrangère. Chaque fois, ce fut une expérience bouleversante. Cela permet de voir autre chose, de sortir de sa zone, de se déboussoler un peu plus. La plupart du temps, j’étais également coupée du monde, sans connexion… Et pourtant, une opportunité unique de me connecter à mes hôtes, à la nature et aussi de me reconnecter à moi.

Partir pour mieux revenir?

Le voyage est un très bon prétexte pour déconstruire des idées reçues. Cela amène à bousculer ses habitudes, bouleverser son confort, se questionner sur la vie, questionner ses acquis, remettre en cause une vision très matérialiste de penser, une façon très mercantile de consommer.

« On voyage pour changer non de lieu mais d’idées » (Hippolyte Taine), d’idéaux, du haut de notre ignorance et de notre fâcheuse tendance à penser tout savoir, tout connaître du monde qui nous entoure, alors qu’on n’en sait rien. Parfois, on est confronté à certains chocs culturels et cela peut être difficile de trouver sa place, d’être dans la juste attitude.

Ce type de voyage conduit à un changement en soi, à une métamorphose de l’âme. Forcément, toutes ces rencontres, toutes ces expériences ne laissent pas indemnes, elles nous marquent à vie. Elles nous changent, elles nous transforment, voire nous transcendent…

Voyage initiatique, traversée du désert… « Est-ce une fuite ou une curiosité, une quête ou un repli, une peur, qu’est-ce qui nous meut, qu’est ce qui nous met en mouvement, nous fait prendre les bateaux, les trains… » Edouard Baer dans Qu’allons nous chercher à Montréal?

Rencontres ou consumérisme? Soif de découverte ou insatiable boulimie?

Cette aventure m’a permis de porter un autre regard, d’être moins dans la consommation et plus dans le partage et l’implication mais je me rends compte néanmoins que cela reste un privilège des pays riches et qu’il n’y a rien d’égaliTerre là dedans. On se réalise grâce aux autres sans pouvoir leur rendre la pareille. Le voyage, aussi riche et beau puisse-t-il être humainement parlant, est comme un aller-retour à sens unique.

Aller au bout du monde pour aller au bout de soi, au bout du bout, ne pas en voir le bout.

Essayer d’avoir une meilleure compréhension du monde et de soi, toucher ses limites et tenter de les dompter pour devenir, malgré tout, une meilleure personne.

 Crédits photo : Morgane Viguet

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