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Les gens de passage

J’ai souvent eu cette discussion avec des amis proches comme avec des quasi-inconnus. Est-ce qu’un endroit peut nous manquer, ou seulement les gens? Mais qu’est-ce qu’est l’endroit sans les gens? Et comment seraient les gens ailleurs, sans l’influence de l’endroit? Mais de façon plus importante… qu’est-ce que serait une vie, un voyage, sans les rencontres? J’en viens à la conclusion suivante : qu’on le veuille ou non, les gens qu’on rencontre influencent notre expérience, pour le meilleur et pour le pire. Les gens peuvent aussi laisser des traces indélébiles sur nous, même si on ne les revoit jamais. Ode aux gens de passage qui, sans le savoir, ont changé et façonné qui je suis.

Je voyage souvent seule, ce qui fait que je n’ai pas de connaissances familières sur qui retomber quand je veux des interactions sociales. Commence donc la longue danse de : t’es ici jusqu’à quand? T’arrives de quel endroit? C’est quoi ta prochaine destination? Parfois, ça commence une conversation. Parfois, ça finit là. Et parfois, la conversation s’étire, et on se met à parler de la vie avec de parfaits inconnus. J’adore ces conversations. Elles me permettent, en bon québécois, de me « sortir la tête du cul ». Lorsque j’ai quitté le Québec, il y a un mois, je venais de terminer mes études. Sans emploi, car je partais, je stressais sur ce que j’allais faire, sur comment payer mon loyer, sur mes relations… Et j’ai rencontré des gens qui m’ont aidée à voir au-delà des soucis de la vie quotidienne.

J’ai rencontré une fille avec qui je n’ai même pas eu le temps de commencer par les habituelles questions banales. Elle me posait des questions et je suis devenue sa traductrice attitrée. Cette fille, d’origine chinoise, habite (pas trop légalement) en Espagne et rêve d’ouvrir un hostel dans les Philippines. J’écoutais son projet et je me disais… mais c’est trop compliqué, c’est trop risqué. Puis, au fil des jours, je me suis prise à son jeu et j’ai réalisé que c’était moi qui m’étais trop ancrée dans ma routine à la maison. Son projet, oui, était risqué, mais était possible! J’ai donc remis en question mes choix de carrière. Je pensais faire une année de remplacement en commission scolaire parce que c’était une position safe même si je n’aime pas les postes sur appel. Mais est-ce que c’est ce que je veux vraiment? Peut-être pas. En plus de cette réalisation, nous nous sommes baladées dans des endroits où il aurait été impossible d’entrer si cette fille n’avait pas été elle-même, c’est-à-dire parler fort et toujours demander si on pouvait, juste au cas… Ce qui n’est pas mon genre. Mon genre, c’est plutôt de passer incognito. Sans cette rencontre, je ne serais jamais entrée dans la citadelle de Brasov, techniquement fermée au public, entre autres. Et j’ai adoré être confrontée à un autre style de voyage. Elle savait ce qu’elle voulait, n’avait pas peur de le demander et c’était inspirant. Et au bout d’une semaine, une semaine à parler de ce qui faisait un bon hostel, à penser à des plans, nous nous sommes laissées, sommes parties chacune de notre côté. Peut-être qu’un jour on se reverra. Peut-être pas. Mais mon voyage, même dans un endroit magnifique, n’aurait pas été le même sans cette rencontre.

J’ai aussi rencontré des locaux. Encore une fois, avant de partir, j’étais coincée dans mon quotidien, à me demander ce que je voulais. Savoir quand j’allais avoir assez d’argent pour m’acheter un nouvel ordi tout en remboursant ma dette d’études… Et j’ai rencontré des gens qui ont une réalité tellement différente de la mienne. Des gens de mon âge qui, au lieu d’avoir un travail stable et sécuritaire, ont décidé de monter leur propre entreprise. J’étais là pendant une partie de la création de la chose : « On ne sait pas trop ce qu’on fait. Mais on apprend tous les jours, donc c’est cool. » Des gens qui ont eu le guts de se pointer à la mairie de différentes villes pour aller dire aux vieux maires conservateurs : « Hey! On voudrait peindre vos tramways! Ça va être malade! » Ça semble peut-être pas impressionnant mais, pour moi, ça l’était. Parce que, encore une fois, ce sont des gens qui décident de faire ce dont ils ont envie. Puis, malgré le manque d’argent par moment, ils m’ont traînée partout en ville et m’ont raconté des histoires que jamais je n’aurais sues si je ne les avais pas rencontrés. Plein d’expériences que je n’aurais pas eues sans ces rencontres… La plus folle était probablement de marcher sur le bord de l’autoroute, sauter des fossés et des clôtures pour aller peindre! Ou, en tout cas, regarder des gens peindre. T’sais, le genre de moment qui semble hors du temps et de l’espace. Tu observes, tu souris et tu te dis : « Comment j’ai atterri ici? Pis pourquoi pas? Pis fuck yeah! Pis j’suis donc ben chanceuse… »

Encore une fois, peut-être (il y a fort à parier) que je ne reverrai jamais ces gens. Et pourtant, sans eux, je n’aurais jamais connu cet autre côté de la ville. Bien sûr, je ne pense plus vraiment à m’acheter un nouvel ordi, mais plutôt à essayer de trouver une gamique pour que le vieux fonctionne mieux.

On trouve ce dont on a besoin dans ces rencontres. Elles nous font réfléchir de différentes façons. J’avais besoin de sortir de mon quotidien, de mon anxiété de personne trop organisée. J’avais besoin de recommencer à voir la vie et le futur comme une immense suite de possibilités. J’étais honnêtement triste en laissant partir ces gens, que je connaissais depuis si peu de temps. Parce qu’ils ont eu une influence sur ma vie. Sur les prochaines étapes. Parce qu’ils ont rendu mon voyage humain, vrai, parce qu’ils m’ont fait réfléchir… Donc, je crois que les endroits, sans les gens, ce n’est jamais l’expérience complète. Et que c’est magique de créer des relations si brèves et pourtant si intenses qui nous marquent, qu’on revoit les gens ou pas…

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