Menu

Allen Simard et Kayla Landry: Deux personnes transformées par l’acceptation de soi

 


Allen Simard, Crédit photo: Amélie Carrier


Kayla Landry, Crédit photo: Amélie Carrier

Récemment, deux de mes bons amis m’ont affirmé entamer des démarches pour changer de sexe. Depuis lors, ils sont des transsexuels très épanouis. Malgré mon propre coming-out homosexuel que je vous ai dévoilé dans mon précédent article, cette réalité m’amenait beaucoup de questions qui semblent partagées par plusieurs. Quand j’ai pensé à faire cette entrevue pour vous, j’étais un peu gênée et je me disais : comment Allen et Kayla vont réagir à mes questions un peu personnelles ? Ils m’ont tous les deux avoué être touchés qu’on tente enfin de clarifier leur « nouvelle vie » qui est, en fait, l’acceptation de ce qu’ils ont toujours été : c’est ce que j’espère que vous comprendrez en lisant cet article, car depuis que j’ai fait ces deux interviews auprès de mon grand ami Allen Simard, transsexuel de Québec et mon amie Kayla Landry, transsexuelle de Saint-Georges de Beauce, ma conception de la transsexualité a complètement basculé.

Comment ont-ils senti leur dysphorie de genre [1]?

Allen m’a avoué que dès son enfance, pour diminuer son trouble identitaire, il se créait une identité masculine sur le net tout en se doutant que probablement il deviendrait un drag king dans le futur, c’est-à-dire quelqu’un qui se travestit d’une manière complètement « archétype exagéré » dans le but de s’exhiber comme œuvre d’art; non un changement profond de genre comme la transsexualité impose. Il ne pouvait croire qu’il était trans puisqu’il pensait naïvement que ce genre de diagnostic se donnait à la naissance par le médecin et que ça ne pouvait se détecter plus tard dans sa vie. Et au contraire, le sentiment de vide d’un transsexuel se ressent au cours de la croissance (avec plusieurs phases plus ou moins fortes de questionnements selon le niveau de déni face au malaise ressenti). Chez Allen, ce malaise était assez fort. Afin d’éviter de montrer ses courbes féminines de l’époque, dont il avait « inconsciemment honte », il ne voulait pas mincir pour mieux les cacher.

Kayla, quant à elle, m’a révélé qu’elle avait tenté de se convaincre qu’il était normal de se poser des questions sur sa puberté à l’adolescence. Comme elle l’avait déjà demandé à ses parents : « Papa, maman, pourquoi ne suis-je pas comme mes amies? » À quoi ses parents lui avaient répondu : « Les garçons n’ont pas la même puberté que les filles. » Elle pensait, en fait, comme Allen, qu’elle deviendrait une drag-queen. Elle pensait vivre une crise d’adolescence « standard » et non une crise identitaire.

Comment se fait-il qu’ils aient choisi ces deux noms?

Kayla m’expliquait que ce prénom aurait été celui qu’elle aurait donné à sa fille si elle en avait eu une; Allen, quant à lui, utilisait déjà ce prénom dans ces phases où il s’était créé une identité masculine sur internet. Avant qu’ils habitent complètement leur nouveau corps et leurs nouveaux prénom et pronom, ils m’avouaient avoir eu eux-mêmes une période de transition, mais le besoin criant de se faire reconnaître dans leur « nouvelle » identité est arrivé assez vite. Selon Allen, quand le gouvernement atteste de ton identité par écrit, ta renaissance est accomplie.

Comment s’est passé leur coming-out? Y’a-t-il une différence de perception de la transsexualité en ville et en région?

Allen m’a expliqué qu’avant qu’il parle ouvertement de son trouble identitaire, son entourage pensait qu’« elle » était « lesbienne ». Lui-même le pensait, mais quand il était dans son corps de femme et qu’il n’assumait pas « l’homme en lui », il ne se sentait pas du tout à l’aise avec son corps ni seul, ni en relation. En fait, encore moins en relation. Il se sentait comme un imposteur. Allen a toujours regretté d’avoir fait son coming-out en premier lieu à sa mère qui avait fortement mal expliqué la situation de « sa fille » en disant aux gens qu’« elle » était une fille en « mode garçon ». Toutefois, une fois la transition faite, ses amis et ses collègues ne semblaient pas le traiter différemment. Son intégration en tant que garçon dans le paysage de Québec s’est très bien accompli. Donc, il ne s’est pas senti rejeté.

Du côté de Kayla, elle m’affirmait avoir été beaucoup plus précautionneuse avant de faire son coming-out, voulant être certaine que ses « phases de dysphorie de genre » n’étaient pas, justement, des passes. Comme elle le disait, elle s’est toujours demandé, quand elle voyait une fille belle, si elle voulait sortir avec elle ou être comme elle. En 2015, 3 ans après avoir terminé une relation de 5 ans avec une femme, « elle » s’est rasé la barbe, puis s’est travestie en fille lors d’une soirée d’Halloween, et ce, dans le but de voir la réaction de son entourage. Ainsi en 2016, elle a commencé à discuter sur un forum dédié aux trans au Québec et avait demandé si à la veille de ses 30 ans, ça valait la peine de se lancer dans ce genre de démarches. Ils lui ont affirmé que ce serait un très beau cadeau, en fait! Finalement, en mai 2017, elle a fini par craquer face à ses parents. À la blague, son père avait demandé, lors d’un souper : « Coudonc “Simon” (son nom avant la transition), t’épilerais-tu pour une femme? » À quoi « elle » avait répondu spontanément : « Oui, je m’épile pour une femme… celle que je suis. »

Janvier 2018, après avoir bien mûri tout cela, son père et sa mère lui ont avoué l’aimer d’un amour si profond qu’ils allaient tout faire pour qu’elle se sente bien et acceptée. Pendant tout ce temps, Kayla avait dû se renier en public, mais en 2018, elle a pu « entamer sa nouvelle envolée », comme elle me l’a révélé, sur Facebook et autour d’elle! Ainsi, son père, coiffeur, lui a donné une perruque rousse à cette période, et sa mère a commencé à lui donner des vêtements de sa garde-robe et à magasiner avec elle.  

Kayla m’a avoué aussi avoir été excitée à l’idée de se trouver un nouvel emploi avec sa « nouvelle » identité, non par peur d’être jugée dans l’entreprise où elle travaillait et qui a fermé ses portes, mais bien parce que c’était un rite de passage pour elle vers l’amour de soi : une renaissance en passant une entrevue avec sa véritable  identité. Étonnamment, ses collègues et amis beaucerons ont très bien accepté son changement d’apparence et d’attitude : elle en était ravie!

Je peux témoigner que, pour avoir côtoyé Allen et Kayla avant, pendant et après leur transformation, ce n’est pas le changement physique qui m’a le plus surprise, c’est plutôt de voir comment chaque parcelle de leur être émanait la beauté, la grâce et la joie de vivre : ils étaient bien dans leur véritable peau! Enfin. Pour reprendre les mots de Kayla : « il fallait que la chenille devienne chrysalide un moment avant de déployer ses ailes de papillon et de s’envoler! »

[1] Un grand inconfort par rapport au genre assigné à la naissance par rapport à leur ressenti.

Pour de plus amples informations, allez lire mon article de juin.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2019. Tous droits réservés
Une réalisation de