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Vivre (ou plutôt essayer de vivre) avec des parents séparés

De nombreuses fois on m’a dit que je vivais dans une boite faite en carton, comme une itinérante, entre deux maisons situées à chaque extrémité de la ville. De nombreuses fois on m’a répété que je serais tellement mieux dans une seule maison plutôt que deux. D’autres fois on me disait que mes émotions étaient loin d’être stables et que je n’avais pas l’air bien dans ma vie.

Voyez-vous, le plus triste dans ce genre de remarques, c’est qu’elles sont toutes vraies. Des parents qui, en plus d’être séparés, ont de la difficulté à se tenir à plus de 2 mètres de distance sans se tomber sur les nerfs, c’est difficile. Oui, probablement pour eux. Mais surtout pour les enfants qui sont pris entre les deux. À partir du moment où ces adultes n’arrivent plus à s’entendre, ils créent un vide éternel dans la vie de leurs enfants. Pas parce qu’ils souhaitaient voir leurs parents heureux pour la vie, mais parce qu’ils doivent constamment faire un choix entre l’un ou l’autre. Parce qu’ils doivent faire le pigeon voyageur entre les deux pour faire passer leurs messages. Parce qu’ils vivent dans des valises pendant peut-être une bonne dizaine d’années. Parce qu’ils doivent apprendre à vivre avec deux modes de vie différents, parfois très éloignés l’un de l’autre.

Faire la garde partagée, c’est un parcours complexe, mais surtout épuisant. J’irais même jusqu’à dire que c’est impossible. Personne ne peut s’y faire, jamais. Et c’est normal. Comment s’habituer à faire ses valises chaque semaine? Car c’est le cas, à moins de tout posséder en double. Comment apprendre à créer une vraie relation avec ses parents alors que tu ne les vois qu’une semaine sur deux et que, la plupart du temps, ils passent des commentaires désobligeants sur l’autre parent pour essayer de se valoriser? C’est vrai, tout est une bataille. Il faut que papa l’emporte sur maman, que maman aie l’avantage sur papa. À part déstabiliser l’enfant qui est pris entre les deux et qui essaie désespérément de comprendre ce qui a pu se passer pour en arriver là, cette compétition entre eux ne sert à rien. Parce que jamais un enfant, peu importe l’âge qu’il a, ne voudra faire gagner l’un ou l’autre. Et si jamais cet enfant en vient à devoir faire un choix entre ses parents, pour vivre à une place ou l’autre, il ne faut pas s’imaginer que c’est agréable. Avant d’en arriver là, il a fallu bien des éléments déclencheurs qui ont fait en sorte que l’enfant a choisi pour lui. Eh oui, pour lui-même. Aucun des parents n’a gagné sur l’autre, c’est l’enfant qui a gagné. Il a choisi d’être heureux, de vivre à un seul endroit, ce qui l’amènera à se concentrer davantage sur ses études, ses relations, son travail. Une place où il n’aura plus à penser à amener sa charge d’ordinateur, son chandail préféré et ses running shoes parce qu’il joue au hockey la semaine prochaine et qu’il sera chez papa cette fois-là.

Il n’y a rien de plus désagréable que de ne pas se sentir chez soi dans sa propre maison. D’avoir le sentiment que peu importe ce que vous faites, vous dérangez quelqu’un d’autre, dans votre grande famille reconstituée. De croire que le moindre mouvement de votre part est jugé, qu’il pourrait même être réprimandé. De savoir que tout ce que vous pourriez bien accomplir pour faire plaisir ne sera jamais assez. Si une place vous fait sentir ainsi, ne restez pas là. Faites tout en votre pouvoir pour quitter cet endroit : personne ne devrait se sentir de cette façon. À nulle part. Trouvez l’endroit où vous pouvez faire une sieste 30 minutes et écouter Netflix sans vous sentir mal de ne pas aider pour le ménage dans la maison. Une place où vous pouvez faire la grasse matinée sans vous faire dire que vous êtes lâche. Quelque part où ça fait plaisir aux autres que vous fassiez le souper. Un endroit où vous pouvez prendre n’importe quoi dans le frigo sans avoir peur de prendre le repas de quelqu’un d’autre.

Vous méritez d’être bien, en tant qu’enfant, adolescent, voire même jeune adulte. Vos parents ont choisi d’être heureux en se séparant, de mettre votre qualité de vie de côté, alors pourquoi ne pas faire un choix pour vous également? Cela est loin d’être égoïste : le bon moment pour faire de la peine à vos parents que vous aimez plus que tout ne viendra jamais, alors ne l’attendez pas.

Source : Unsplash

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