Menu

Œuvres féministes : réflexions sur le pouvoir

J’en suis moi-même à un tournant de ma réflexion féministe plutôt combattante des dernières années. Suis-je trop dure avec moi-même? Puis-je me permettre de souffler? Ce que je découvre du mouvement actuel me fait du bien. Les autrices que je vous propose sont des femmes qui acceptent leurs contradictions et parlent d’elle(s) à travers le prisme de leur intimité. Elles explorent les thèmes clés de la sororité, du rejet des valeurs patriarcales, de l’environnement, de la libération sexuelle tout comme celui de l’image. Elles signent des essais dans l’ère du temps, une ère marquée par la décadence écologique liée de près à la situation des femmes. Le grand mal/mâle commun de ces textes : le capitalisme. Terre et femmes, ensemble, changeons ce qui demeure des mentalités des siècles derniers.

chasse aux sorcières, essai féministe, littérature, philosophie
Source 

Sorcières
Mona Chollet

Je réécoutais Les sorcières d’Eastwick il y a peu de temps. Cher, Susan Sarandon et Michelle Pfeiffer y interprètent des femmes d’un certain âge, divorcées et mères (à l’exception de Sarandon), qui se retrouvent aux prises avec le démon. Cette scène anthologique de la rousse sorcière Sarandon, slutshamée à l’épicerie à cause de sa récente transformation qui la libère du conservatisme crasse de la ville d’Eastwick, demeure à jamais gravée en moi. Âge, célibat, sexualité, solitude et non-désir de maternité sont également les thèmes phares qu’explore l’œuvre Sorcières, de Mona Chollet. L’autrice française se base sur les chasses aux sorcières qui ont eu lieu en Europe entre les 16e et 17e siècles et qui visaient principalement des femmes. Celles qui vivaient bien, en-dehors de la mainmise de la religion ou de la société patriarcale, qui connaissaient les remèdes, qui connectaient avec la nature. Selon Chollet, les chasses auront permis l’instauration du système capitaliste comme on le connaît encore aujourd’hui : « […] le travail rémunéré aux hommes et […] les femmes [assignées] à la mise au monde et à l’éducation de la future main-d’œuvre » (p.35). Le féminin étant associé à la folie, voire à l’hystérie, on ne pouvait laisser aux femmes un rôle important dans la santé, par exemple, domaine encore empreint de la domination masculine. Femmes guérisseuses donc, mais aussi femmes vieillissantes, vivant hors des liens du mariage, chose dérangeante à l’époque (et encore aujourd’hui). Parallèlement à l’asservissement des femmes, Chollet trace une comparaison avec celui de la nature. Plusieurs réflexions éco-féministes, basées entre autres sur les écrits de Silvia Federici (Caliban et la sorcière), éclairent la conclusion, qui prône un retour du pouvoir au féminin, un féminisme qui vivrait en cohésion avec l’environnement, hors du capitalisme.

essai féministe, littérature, philosophie
Source

Mes bien chères sœurs
Chloé Delaume

Nous en sommes rendu.es à la fin du monde, prochaine. Le système capitaliste et patriarcal qui régule notre monde a prouvé sa défaite, et le mâle alpha a eu son tour. C’est ainsi que va la prémisse de Delaume : « L’autorité, déjà, comme la honte, change de camp. » (p.21) L’autrice présente sa vision de la quatrième vague du féminisme, venant après la première : à la fin du XXe siècle (droit de vote et égalité juridique) ; la deuxième : les décennies 60 et 70 (féminisme du corps, contraception, avortement) ; la troisième : dès 1980 (questions de genre et intersectionalité). La quatrième vague, visible aujourd’hui, se caractérise par le féminisme 2.0, c’est-à-dire par une utilisation d’Internet à des fins de création d’espaces collectifs sécuritaires. On n’a qu’à penser aux mouvements #MeToo ou #BalanceTonPorc, à la facilité de partager des messages, images et vidéos qui permettent une libération de la parole des femmes. Ce qui reste à transformer ensuite, c’est la propension des femmes à la sororité. Il est nécessaire de casser le moule qui place les femmes dans un cadre de compétition les unes par rapport aux autres. Il faut limiter la présence des réflexes que nous a inculqué une culture masculiniste : « Le plus difficile en tant que femme, c’est de modifier le regard que l’on pose sur une fille. La méfiance, l’ironie protectrice, les tests. » (p.112) Il ne faut plus avoir peur de prendre le pouvoir ensemble, de le partager, de l’« horizontaliser », les baby-boomers sont sur leur déclin, écrit Delaume, et les choses changent déjà. Il ne suffit que d’une décennie de plus et tout sera modifié, ajoute-t-elle. Il faut simplement que les femmes se serrent les coudes et arrêtent de se sentir en compétition!

essai féministe, littérature, philosophie, éco-féminisme
Source

Faire partie du monde, Réflexions écoféministes
Collectif : Catherine Beau-Ferron, Marie-Anne Casselot, Élise Desaulniers, Ellen Gabriel, Céline Hequet, Anna Kruzynski, Jacinthe Leblanc, Valérie Lefebvre-Faucher, Pattie O’Green, Maude Prud’homme

L’éco-féminisme pourrait se résumer aux relations d’exploitation qui lient la femme et la terre, toutes deux exploitées par le capitalisme sauvage. L’ouvrage Faire partie du monde présente une introduction qui explicite bien les visées du mouvement : l’arrêt de la destruction de la nature, en plus des injustices déterminées par le racisme, le sexisme et la violence. Un texte de Marie-Anne Casselot survole et vulgarise les grandes branches de l’idéologie (allant de l’éco-féminisme spirituel à l’anti-spécisme). Un texte d’Élise Desaulniers dénonce d’ailleurs cette affiliation loufoque de la masculinité à la viande, fait qu’elle dénonce de spécisme (oppression des animaux et autres êtres vivants par les humains). Elle ajoute que : « Plus les gens perçoivent les animaux comme différents et inférieurs, plus ils représentent certains groupes humains comme des animaux. » (p.49) On n’a qu’à penser à l’appellation « sauvages », utilisée pour nommer les différents peuples des Premières Nations. Fait intéressant : les communautés les plus égalitaires seraient végétariennes! Sans interpeller tous les textes, ceux-ci portent également sur : le point de vue des populations autochtones, proches de la nature et qui ont souffert de la séparation et de la destruction de celle-ci ; du travail invisible et souvent non-payé des femmes, qui les enferment dans les rouages du système capitaliste patriarcal ; de la hantise d’avoir des enfants pollueurs, qu’il faut éduquer ensemble à devenir des consommateurs responsables. Enfin, le collectif se clôt sur une nouvelle dystopique de Pattie O’Green, qui imagine un Québec en 2105, dans lequel un groupe d’activistes nommé les Horticultrices cosmiques s’affairent à reverdir Montréal malgré les interdictions de la ville. Un mouvement vers le vert qui sera contagieux.

Un peu d’espoir pour la fin, c’est tout ce qu’on demande!

Crédit : Ariane Lessard

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2019. Tous droits réservés
Une réalisation de