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La (petite) histoire de mon (gros) poids

Dernièrement, on m’a posé des questions sur mon poids. « Tu as l’air bien, as-tu perdu du poids? » ou encore « On dirait que tu as quelque chose de changé, as-tu perdu du poids? » Je sais que c’est motivé par de bonnes intentions, mais je ne sais pas trop comment gérer ça et on dirait que ça me dérange. Parfois, j’essaie d’expliquer pourquoi je ne VEUX PAS que perdre du poids devienne un objectif, mais… je suis grosse. Comment pourrais-je ne pas vouloir perdre du poids? C’est bien connu, on est tous à 15 livres du bonheur, hein? Bullshit!

Je me rappelle l’époque où j’ai commencé à m’entraîner. J’ai commencé à le faire parce que je suis hypocondriaque et qu’un matin, j’ai compris à quel point l’historique médical de ma famille est bien garni. J’ai voulu mettre toutes les choses de mon côté. Alors que je n’avais jamais été particulièrement sportive, du jour au lendemain, j’étais toujours rendu au gym. Littéralement. C’est devenu une genre de maladie mentale. Je me rappelle un appel de ma mère, qui m’annonce que mon oncle est décédé, qu’il sera exposé mercredi et qu’eux arriveront vers 19h. J’ai répondu : « Mercredi je vais m’entraîner, je ne pourrai pas être là ». J’ai essayé de me rattraper en bafouillant que je ne pourrais pas être là à 19h, le temps de prendre ma douche et de me changer, mais que j’arriverais plus tard. Je ne sais pas si elle a cru à ma parade. Moi, en tout cas, je n’ai pas été dupe :  pendant quelques secondes, j’avais vraiment envisagé ne pas y aller pour ne pas bousculer mon horaire d’entraînement.

Parallèlement au problème qui s’installait dans mon cerveau, il y avait mon corps qui se transformait. Je recevais de nouveaux compliments. On me disait que j’étais belle. On me félicitait pour ma perte de poids. Alors que je traversais une année particulièrement difficile et que je m’accrochais à l’entraînement comme on s’accroche à une bouée, un membre de ma famille m’a regardé d’un air admiratif en disant : « Je t’aimais avant, mais je t’aime encore plus maintenant ». Rationnellement, je le sais que ce n’est pas vraiment ça qu’il a voulu dire. Reste que ce qui s’est imprimé dans mon esprit cette journée-là, c’est : ça me coûte une fortune de psy, je frôle la dépression, mais eh! j’ai perdu 22 livres et ça, ça fait de moi une personne plus aimable. J’ai réussi à tenir ce rythme-là pendant un moment encore, puis je me suis brisée. Blessures, problèmes de santé, prise de poids exponentielle. Les commentaires se sont éteints. J’étais devenue un échec.

Ça m’a pris beaucoup de temps pour me reconstruire, pour remettre les morceaux en place tranquillement, pour trouver une façon de grandir à travers ça. Il y a quelques mois, j’ai recommencé à m’activer de façon plus régulière. Je marche beaucoup. Je ne sais pas combien de temps ça va durer, mais pour l’instant, je marche. Je pars, espadrilles aux pieds, en me disant que c’est difficile et que c’est vraiment une idée de marde, puis je trouve mon rythme et ça commence à chanter dans ma tête. Et à ce moment-là, je suis bien. C’est à ça que je veux m’accrocher, maintenant : être bien et trouver l’équilibre.

Ce que j’essaie d’expliquer à travers la (petite) histoire de mon (gros) poids, c’est que gros ou petit, on ne sait jamais vraiment ce que les autres vivent. Il faut d’urgence déconstruire nos préjugés envers le poids, le nôtre et celui des autres, parce que c’est une source de souffrance pour tout le monde lorsque ça prend autant d’importance. « Tu as l’air bien » est un compliment tout à fait valable en lui-même.

Source de la couverture : Unsplash

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