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Lettre à Safia Nolin : merci d’être toi

Safia, t’as grandi dans un monde grossophobe.

Dans un monde qui a tout fait pour pas que tu existes. Un monde qui t’a martelé le coco de « c’est pas beau, une bedaine » et de « si tu manges ça, tu vas être large comme la table ». Un monde qui te montre juste des images de filles dont le corps rentrerait trois fois dans le tien. Un monde qui a fini par être intégré dans ton esprit, quand tu peux juste détester magasiner des maillots de bain parce que seule, face au miroir, dans ce morceau riquiqui de vêtement qui te fait tellement pas comme au mannequin de la vitrine du magasin, tu es confrontée à un monde qui veut juste pas que t’existes. Fait que tu vas pus à la plage. Toutes les excuses sont bonnes pour te protéger du jugement des autres, pour protéger les autres de cette horrible vision que serait un corps. Un monde où, sur Tinder, les gens se permettent de te dire que t’es chanceuse que quelqu’un te like parce que t’es laide, que c’est une faveur qu’on te fait de t’aimer, parce que t’es pas aimable, chère.

Dans ce monde-là, tu vas haut. Michelle Obama a déjà dit : « When they go low, we go high. » Pis toi, tu le fais en criss.

Quand des gens ont chialé contre ta musique en disant qu’elle était déprimante, t’as embrace la déprime comme personne, t’as fait rayonner la musique triste au travers de la francophonie.

Quand des gens ont chialé contre tes vêtements dans un gala, t’as rocké ton apparence en faisant des fuck you aux standards pis en te faisant un devoir d’être fidèle à toi-même.

Quand des gens ont chialé contre ton entrevue avec Catherine Dorion, t’as refusé de t’excuser d’être différente, t’as fièrement revendiqué l’étiquette de l’outsider.

Les critiques des gens, ça ne te définit pas comme artiste, ça ne te définit pas comme personne. Mais des artistes comme toi, qui brassent la cage de ce que la société définit comme acceptable, on en veut plus, on en a besoin.

Parce que les différences, elles sont importantes, elles sont belles, pis elles ont le droit d’exister. Quand je te vois, nue dans ton clip pour Lesbian Breakup Song, j’ai les yeux pleins d’eau parce que je me dis que j’ai le droit d’exister, moi aussi.

Parce que je te trouve donc forte pis belle pis courageuse d’exister aussi inévitablement. Quand je te vois, j’entends ton corps dire : « Je suis là, pis je disparaîtrai pas. J’existe pis tu vas me voir. » Pis ça, c’est le message le plus fort qui puisse être transmis, celui d’exister sans honte.

Parce que t’es une inspiration, Safia. Ce que tu fais, ce que tu es, ça participe activement à déconstruire le monde grossophobe dans lequel on vit, ça démantèle les standards de beauté irréalistes que le patriarcat impose aux femmes, ça met le feu à la boîte dans laquelle la société tente de nous emprisonner. Quand je regarde ton clip, j’ai envie de griller des guimauves sur les cendres de ce carcan, parce que tant qu’à le brûler, messemble qu’on pourrait savourer notre libération.

Merci d’être toi. Y’a pas de mots pour dire comment tu transformes le monde qui nous entoure en étant toi-même, comment t’es formidable.

Source photo de couverture

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