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Le deuil périnatal

Ce message est particulièrement personnel et pourra sans nul doute rendre certaines personnes inconfortables. Je me doute que certain.es penseront qu’il ne s’agit pas là d’une tribune pour aborder de tels sujets, mais, au contraire, il faut en profiter. Vous savez, il s’agit d’être plongé.e dans une situation pour s’apercevoir que malgré tout ce qui peut être prétendu par tout un chacun, il existe des sujets qui, sans être nécessairement qualifiés de tabous, demeurent tellement incompris que les gens préfèrent ne pas les aborder afin d’éviter tout malaise.

Le décès périnatal en fait malheureusement partie.

Neuf semaines se sont écoulées depuis que mon monde s’est écroulé. « Neuf semaines, reviens-en » ou « Je connais une fille qui a fait une fausse couche et elle n’a pas arrêté de travailler pour autant », vous direz-vous peut-être. Oui, mais voilà neuf semaines que j’essaie d’apprendre à vivre avec l’absence de mon fils, neuf semaines où j’essaie de vivre avec les souvenirs de cet horrible événement, où j’essaie de prendre une bouffée d’air à travers toutes ces crises d’angoisse que cet immense stress a laissé derrière lui, où j’essaie de fuir ce sentiment de culpabilité, où cette naïveté s’est envolée et où j’essaie de me rebâtir une vie dite « normale ».

Je suis consciente que ce vide ne peut être compris par tout le monde et, sincèrement, pour le comprendre, il faut le vivre – et je ne souhaite à personne – PERSONNE – de vivre une telle épreuve. Toutefois, cette peine, ce vide est bien réel. Il fait et fera partie de moi à tout jamais dorénavant.

Je ne tiens peut-être plus mon garçon dans mes bras, je ne le verrai pas grandir, je ne pourrai pas vous le présenter ni créer de superbes souvenirs avec lui, mais il fait partie intégrante de ma vie. À toutes les personnes qui me connaissent, de près ou de loin, ou qui croiseront le chemin de quelqu’un qui aura vécu une expérience similaire, ne vous sentez pas mal à l’aise d’aborder ce sujet. Mon fils a vécu, quelques minutes, soit, mais son petit cœur battait lorsqu’il s’est collé sur sa maman.

De la même façon que les parents veulent parler de leurs enfants, les parents qui ont eu à dire adieu à leurs petits anges ont besoin d’en parler également. Évidemment, le deuil périnatal n’est pas le sujet préféré des gens pour remonter le moral de ces parents orphelins d’enfants, mais il faut savoir que, sans prétendre parler pour ceux et celles qui ont passé par là, j’aime mieux parler de mon fils que d’avoir à agir comme s’il n’avait jamais exister et si tout allait pour le mieux. William demeurera mon fils aîné, celui qui m’aura fait devenir maman et qui m’aura appris tant de choses sur la vie en si peu de temps.

Prendre la peine d’en parler un peu, c’est accorder de l’importance à ce qui m’est le plus cher et mettre un baume sur cette douleur avec laquelle j’apprends à vivre… depuis 9 semaines et pour le reste de ma vie. <3

Par Marie-Andrée Germain

Source photo de couverture

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