Menu

L’intimidation au cégep : ça existe !

Depuis plusieurs années, l’intimidation est un sujet de plus en plus courant dans la société québécoise et surtout en cadre scolaire. Quand j’étais au primaire et au secondaire, nous en entendions parler par nos professeurs, mais encore que très peu. Maintenant, pour travailler dans le milieu scolaire, je suis consciente que l’intimidation est préoccupante et que les situations la concernant sont prises en main rapidement. Par contre, les véhicules d’intimidation sont de plus en plus nombreux : l’augmentation de la popularité des médias sociaux et leur accessibilité en font partie.

On va se le dire : il est plus facile d’énoncer ce que l’on pense à travers un écran qu’à une personne qui est devant nous.

Une chose qui me désole encore plus : le fait que ce sujet n’est plus vraiment abordé en dehors du primaire et du secondaire.

Je peux vous affirmer que cette problématique peut se poursuivre dans des niveaux scolaires supérieurs ou dans d’autres sphères comme le travail, les équipes sportives, etc.

Ce dont je vais vous parler ici est en fait mon histoire.

Je suis maintenant à l’aise d’en parler ouvertement. J’espère que cela aidera certaines personnes qui sont ou qui ont été dans la même situation que moi.

Sur le coup, ce n’est pas simple de l’accepter, encore moins d’en parler.

 

Automne 2011 – Hiver 2012

Trois sessions au cégep en Sciences nature. Je me cherche quelque peu : qu’est-ce que je veux faire dans la vie? Qui sont mes amis? […] (Il est important de noter ici que je suis une personne indépendante qui a sensiblement les mêmes amies depuis le primaire.)

Je passe la plupart de mon temps avec une amie que je connais depuis la 1ère année, mais que je côtoie davantage depuis mon 5e secondaire.

En surface, tout se passe bien, mais le problème était en profondeur. Ce dont je ne me rendais pas encore compte à cette époque. Un changement de programme, un changement de cégep et quelques semaines plus tard j’étais perdue, sans ressource, mais surtout triste de tout ce qui m’arrivait.

Pour une raison qui m’est encore inconnue aujourd’hui, cette personne qui était supposément mon amie s’est retournée contre moi et a entrainé des gens dans son sillage.

Au début, je me disais que la situation était temporaire, que les choses allaient changer, qu’elle allait redevenir celle qu’elle était si je faisais les efforts et que je recollais les morceaux. Mais aujourd’hui, je réalise qu’il n’y avait pas de morceaux à recoller, car je n’avais rien à me reprocher. J’étais seulement sous l’emprise de quelqu’un qui m’infériorisait tout le temps pour se remonter : tout cela lui permettait d’être le centre d’attention et de rayonner.

Des messages textes remplis d’insultes, des appels au milieu de la nuit pour me chanter des bêtises, des gens qui ont arrêté de m’adresser la parole, car elle leur racontait des faussetés me concernant, tout ça et encore bien d’autres choses pour me faire sentir comme une moins que rien. Cela m’a amenée à faire des détours dans les corridors du cégep pour les éviter, à retourner à la maison à toutes mes pauses, mais cela m’a aussi fait douter de la personne que j’étais vraiment.

 

Réaction et solution

1ère réaction : fuir le problème en retournant dans mon cégep d’origine loin des gens qui me dénigraient et qui, sous l’emprise de cette fille, ne me laissaient jamais tranquille.

Au cégep, obtenir de l’aide pour ce type de demande n’est pas simple. On ne sait pas à qui te référer, on te dit que cela ne se fait pas, que la session est commencée…

2e réaction : malgré un niveau d’estime assez bas, je ne me suis pas laissé abattre et j’ai décidé d’aller voir la direction de mon ancien cégep pour obtenir une solution décente. Je crois que j’étais la première à m’asseoir avec une directrice de cégep en évoquant des preuves d’intimidation de la part d’autres cégépiens.

Solution : j’ai eu la chance d’avoir une famille pour me supporter là-dedans qui m’a permis de gagner la bataille, et ce, même si la session en était rendue à sa 3e semaine. Des conditions ont par contre été mises en place par le cégep pour mon retour impliquant des cours privés, mais également des consultations en psychologie.

 

Aujourd’hui

Maintenant, je suis capable de dire que dans cette situation, je n’étais pas le problème. J’étais une personne qui grandissait pour devenir une adulte en étant victime d’intimidation. Une intimidation qui a été difficilement gérée par les dirigeants des cégeps, car ils ne sont pas confrontés à ce genre de situation régulièrement. Peu de gens en âge de majorité viennent se plaindre qu’ils sont victimes d’intimidation. C’est gênant de se dire qu’on est un « adulte » et qu’on se fait intimider par d’autres « adultes ». Je peux dire que je suis en paix avec cette situation. Après m’être demandé pendant plusieurs années pourquoi je m’étais fait avoir, j’ai décidé de voir le positif : je m’en suis sortie et j’ai grandi de cela. Chaque jour, mon cœur et ma tête pardonnent un petit peu à cette personne qui m’a fait autant de peine, mais plus jamais cette personne ne fera partie de ma vie.

J’ai voulu aborder ce sujet, car cela peut arriver à n’importe qui.

Je sais c’est quoi avoir l’impression de se noyer sans pouvoir remonter à la surface;

Se faire tellement insulter que tu te dis que jamais tu n’auras plus d’amis;

Mais ne t’arrête pas à ça.

Il existe de bonnes personnes qui peuvent t’aider.

Ne te sens surtout pas gêné en te disant que tu es trop vieux/vieille pour l’intimidation : l’âge n’a pas de lien.

La question qui me chicote : à quand va-t-on arrêter de limiter les propos d’intimidation aux plus jeunes pour comprendre que des gens plus âgés se retrouvent dans ce tourbillon? Que les conséquences qui en résultent peuvent être encore plus graves si le soutien approprié n’est pas trouvé?

Source photo de couverture

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2020. Tous droits réservés
Conception de site web - Effet Monstre