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Petit guide du consentement, ou comment ne pas violer

« It’s a scary time for men », que disent certaines personnes avec réticence face au message « Sans oui, c’est non », en particulier certains hommes qui disent « On peut pu cruiser ».

Voici donc quelques trucs et astuces pour vérifier le consentement avant de batifoler. J’ai interviewé de charmantes personnes pour te fournir la plus grande variété de consent lines, un peu comme des pick-up lines, mais version post-#metoo.

D’abord, je détruis un mythe bien ancré dans la tête de ben du monde : la réponse génitale n’est pas gage de consentement. Ce n’est pas parce qu’un pénis est en érection ou qu’une vulve est humide que la personne porteuse de ce pénis ou de cette vulve est consentante. Ça veut seulement dire que quelque chose de « sexuellement pertinent » est présent (Come As You Are, Emily Nagoski, 2018).

Ensuite, il y a différentes façons d’observer le consentement non verbal d’une personne. La respiration peut donner des indices très pertinents, de même que les contractions musculaires. Mais quand tu y penses ben comme faut, une personne pas consentante peut être tendue et retenir sa respiration ou respirer ben fort pour se calmer, donc être à l’écoute des signes plus ou moins involontaires, ce n’est pas toujours suffisant.

Des gestes volontaires peuvent être plus clairs. Une caresse, un bisou, un regard, ce sont des signes qui sont généralement contrôlés par la personne qui les émet, donc plus fiables que les réactions involontaires. Fati m’a confié que « [ses] mains en disent beaucoup plus que le reste de [son] corps durant une relation sexuelle, que ce soit pour guider [ses] partenaires dans leurs caresses ou pour encourager à poursuivre ce qui se passe déjà. »

Et le consentement mimé, c’est excitant pour pas mal de gens. « Moi, si [la personne] avec qui je couche me parle, je l’embrasse pour qu’elle arrête. C’est pas le temps de jaser, c’est le temps de me faire plaisir, » m’a lancé Maïmouna en riant.

Toutefois, Léa m’a envoyé un bonhomme la larme à l’œil pour exprimer sa déception face au fait qu’aucun de ses partenaires n’avait demandé son consentement verbal avant d’entreprendre des activités sexuelles avec elle.

Ainsi, peut-être que Nicolas est dans l’erreur quand il dit que « Franchement, on n’a pas besoin de demander la permission avant de toucher une [personne]. Comme si des gens demandaient « Est-ce que je peux te pénétrer ? » avant de le faire ! »

Ah, si seulement Ashley avait été là pour dire à Nicolas qu’un de ses nombreux one nights lui a déjà demandé « Est-ce que ça te tente ? », le condom déjà enfilé, son bassin entre ses cuisses, avant la pénétration. Ashley m’a dit que ça avait augmenté son excitation d’avoir à approuver la prochaine étape, de savoir que son opinion était décisive dans cette relation.

Et le consentement peut être vérifié bien plus tôt qu’à la pénétration, si pénétration il y a. Lee a éclaté de rire et a été séduite lorsque sa fréquentation lui a demandé « Est-ce que j’ai ton consentement pour t’embrasser ? » lors de leur troisième date. Elle disait manquer d’assurance, mais Lee a ainsi découvert qu’elle aimait particulièrement savoir quelle était la prochaine étape au lieu d’angoisser à savoir qui ferait le prochain move et ce qu’il serait.

Yafaye aime les choses claires et nomme simplement « J’ai envie de t’embrasser. » quand ça lui tente. Ça permet à la personne d’exprimer ses préférences, comme « Moi aussi, mais j’aimerais qu’on aille quelque part de plus tranquille. »

Petroushka a aussi bien aimé que l’hôtesse d’un party lui chuchote à l’oreille, la soirée bien entamée, « j’aimerais ça, si tu veux, que quand tout le monde part, toi tu restes ». Cette phrase qui laissait planer le mystère sur ce qui se passerait tout en signifiant un intérêt manifeste a conquis le cœur de Petroushka, qui avait la possibilité de rester ou de partir, et qui avait déjà un bon indice que la personne porteuse de la demande secrète demanderait encore à d’autres étapes du processus.

Mais parce que trop souvent, on ne vérifie pas ce fameux consentement, Habeeb est souvent confronté à l’étonnement de ses nouvelles partenaires quand il dit pour la première fois « Si ça te tente qu’on fasse de quoi, je suis down, mais je ferai pas de move, j’attends que ça vienne de toi » et a déjà reçu la réponse « Ça me tente, mais je sais pas quoi faire, je suis comme trop habituée à ce que l’autre commence. »

Alejandro a aussi plusieurs anecdotes où il a reflété à ses partenaires « T’es-tu sûre que ça te tente ? J’ai pas l’impression que t’as la même énergie que d’habitude… » et où la personne en question a répondu quelque chose comme « Ouain, ça me tente pas tant, je le faisais plus pour toi… » Alejandro dit ne pas comprendre comment d’autres peuvent apprécier le sexe sans le plein enthousiasme de l’autre. Sa vision est claire : « Tu partages un moment avec une personne, me semble que c’est juste la base que ça tente aux deux. »

James dit sans gêne que sa copine a une plus forte libido que lui et qu’il apprécie beaucoup qu’elle lui nomme « J’ai envie que nos caresses aillent plus loin. », phrase à laquelle il peut répondre notamment « Je suis pas dans le mood, mon amour, mais fais-toi plaisir. » Sa copine et lui aiment transformer un non en séance de masturbation où la participation de l’autre varie du dos tourné, déjà en train de dormir, aux bisous et aux caresses qui parfois peuvent évoluer vers un « Finalement, ça me tente. »

Bref, dans toutes ces anecdotes, comment se dépatouiller pour trouver sa recette du consentement sexy ?

Un peu comme tous les aspects de ta sexualité que tu as apprivoisés et qui évoluent au fil des expériences, le consentement saura faire son chemin dans ta vie. Que tu sois fan du simple « ça va ? », de la permission formelle « est-ce que je peux… », des questions ouvertes « t’as envie de quoi ? » et « qu’est-ce qui te ferait plaisir ? » ou de l’audacieux « j’ai envie de… est-ce que ça te tente ? », tu trouveras ton consent line et tu l’ajusteras à la personne avec qui tu veux t’envoyer en l’air.

Ça peut parfois être gênant, voir même intimidant, demander à l’autre ce qu’iel veut. Ça prend du courage, parce que ça crée l’opportunité de recevoir un « non ». Parfois, discuter dans un contexte de plus petite vulnérabilité qu’en étant déjà nu.e.s, ça peut faciliter le confort de chaque personne impliquée et augmenter le niveau de sincérité dans la discussion.

Il faut aussi préciser que le genre d’une personne n’informe pas sur son consentement. Les garçons ont autant le droit de dire non que les filles, et les filles peuvent avoir davantage de libido que les gars. Filipo m’a dit qu’aucune de ses partenaires n’avait vérifié son consentement et que, « pour le principe, [il trouvait] ça problématique. »

En cas de doute, il n’est jamais trop tard – okay, rappelle pas Lily, avec qui tu jouais au docteur à six ans – pour vérifier le consentement. Lendemain de veille ben arrosée, réveil avec une gueule de bois dans le front, tu te tournes pis kin, voici une personne nue dans ton lit. Un « t’es-tu chill avec ce qui s’est passé hier ? », ça ne coûte rien, pis soit t’as confirmation que tout est chill, soit t’apprends à mieux respecter le consentement pour les brosses à venir.

Dans tous les cas, consent is sexy et le consentement n’est pas optionnel. J’espère que parmi toutes ces consent lines, tu auras trouvé chaussure à ton pied. Bonne sexualité consentante, l’ami.e !

*Pour préserver l’anonymat des personnes qui m’ont partagé leur histoire, j’ai choisi des noms fictifs. J’ai choisi des noms d’origines variées parce que le consentement, ça concerne l’humanité entière.

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