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La fois où je suis allée dans l’Ouest avec ma « date » Tinder #LOL

On s’est rencontré un soir de pleine lune au parc La Fontaine. La chimie s’est rapidement installée, l’attirance mutuelle étant palpable entre nous. Tu m’as donné ton bracelet en guise de promesse qu’on allait se revoir. Et on s’est revu plusieurs fois, enchaînant une date après l’autre. On a rapidement arrêté de les compter. On était tellement au-dessus de ça, nous, les règles du dating. J’ai ressenti les papillons, j’ai salé mon café pis toute, pis toute. Mais c’était trop beau pour être vrai. Sur un coup de tête, tu m’as invitée à t’accompagner à Vancouver pour un voyage d’affaires. J’ai évidemment accepté. C’était fou, mais qui sait? Les planètes semblaient toutes alignées et j’allais réaliser mon rêve d’aller dans l’Ouest. Je me suis dit que je savais maintenant ce que signifiait le mot « abondance ».

Et c’est là qu’une semaine avant le départ j’ai ressenti un gros red flag. Un avertissement que j’ai pris le temps de sentir, d’analyser, de communiquer. Quelque chose s’est brisé. J’ai voulu essayer quand même, me disant qu’au pire ça ne marchera pas, mais qu’on ferait quand même un beau voyage. Après tout, peut-être que c’était moi qui m’inquiétais pour rien. J’ai lu 2-3 articles sur la peur de l’engagement pis l’autosabotage pour me rassurer. On s’est retrouvé deux heures avant le vol. On n’a pas réservé nos sièges pour être ensemble. « No big deal » que tu m’as dit. J’ai regardé Montréal de haut pis j’ai pleuré. Mais qu’est-ce que j’allais bien faire à l’autre bout du pays avec un gars qui se fiche tout d’un coup de mes besoins?

Les deux premiers jours ont été un amalgame d’émotions contradictoires qui m’ont fait rester au lit jusqu’à midi. Puis on s’est dit que ça ne marcherait pas nous deux. « Incompatibles », tu m’as dit. Mais on s’est dit qu’on aurait quand même un bon moment ensemble. Je me suis sentie bien, le temps d’une journée. Mais le soir venu, tu m’as déçue une fois de plus, me laissant t’attendre dehors jusqu’à minuit. J’ai décidé de partir chez mon amie à Victoria, puis de me booker un trip dans les Rocheuses. J’ai réalisé un de mes plus grands rêves. Mais ce rêve a été ombragé par tes messages entrecoupés de tes silences. Tu m’as demandé si je pouvais rester ailleurs le temps que tu fasses un trip de ton bord. Soudainement, ton rush de job semblait s’être évaporé avec le reste de tes excuses. Mes choses étaient restées dans notre chambre. J’ai pensé à ma clé d’appart à Montréal comme si ça signifiait mon intégrité. Je me suis sentie trahie et abandonnée. Avec deux cennes dans mon compte, c’était dur de pas freaker. Merci aux filles qui m’ont soutenue pendant le trip et à mon amie et à sa famille qui m’ont hébergée pour le reste de mon voyage. J’ai appris à demander et à recevoir de l’aide et j’ai pris conscience de l’importance de la solidarité féminine. J’ai aussi appris à mettre mon ego de côté pis à avouer que je m’étais plantée. Encore une fois.

À mon retour des Rocheuses, tu ne comprenais pas pourquoi je voulais partir. Tu as dit que j’avais mal compris, que j’étais trop anxieuse et trop sensible. Tes paroles ont coulé sur moi sans m’atteindre. J’ai compris que tu appartenais au monde des manipulateurs que je connais déjà trop bien. Incapable de reconnaître tes fautes, disant blanc un jour et noir le lendemain, essayant ensuite de me faire croire que ça a toujours été blanc. Le lendemain matin, je suis partie avec toutes mes choses. Tu as refusé que ce soit notre last goodbye. Répétant que je pouvais revenir quand je voulais, qu’on devrait se rejoindre la veille du vol et que tu m’offrirais des sous pour m’aider, comme tu m’avais promis. Que tu continuais de vouloir que je vive le trip de ma vie. Quelle ironie.

Après plusieurs jours de silence, je me suis sentie mieux. Mon amie a refusé que je te rejoigne la veille lorsque tu m’as finalement textée. Elle avait tellement raison.

Tu m’as donné rendez-vous à l’aéroport, mais fidèle à toi-même, tu n’es pas venu. Me laissant seule avec ma liberté retrouvée, le cœur soulagé par ton absence. Pas besoin de te dire au revoir une deuxième fois. Je suis montée dans l’avion sans t’apercevoir. Je ne savais pas si t’avais pris le vol à temps. Mais c’était plus vraiment important. Ça faisait un moment déjà que j’avais cessé de t’attendre.

On a passé 6 heures dans la même cabine, je ne savais pas, je ne te sentais pas. Deux étrangers dont la route s’est brièvement croisée. J’ai quitté l’avion sans te chercher des yeux. « No big deal » comme tu disais. Je t’ai finalement aperçu de dos au carrousel à bagages. Tu étais dans la première section et j’étais juste derrière, invisible à 12 mètres.

Pendant un instant je me suis demandé si j’allais te voir. Mais je n’en ressentais pas l’envie. Tu as raté notre dernier rendez-vous, pourquoi devrais-je insister? Et puis les bagages sont arrivés avec mon sac parmi les premiers. Tu l’as sans doute vu, car je t’ai vu regarder autour de toi juste avant qu’il ne se rende à moi. Je l’ai attrapé et je suis partie sans me retourner. En moins d’une minute, j’étais dans un taxi. Soulagée, sauvée, libérée, j’ai pleuré de joie. J’avais survécu, j’étais safe à la maison maintenant. C’était fini pour de bon. En prenant mon sac et en marchant droit vers la sortie, j’ai senti quelque chose guérir en moi. J’avais repris le contrôle de la situation, je me suis reconnectée à mon pouvoir, à mon indépendance, à ma fierté. C’est peut-être ça que j’avais à apprendre finalement. Je vais sans doute attirer ce genre de personnalité toute ma vie. Et c’est à moi de rester attentive aux signaux et à fuir sur-le-champ lorsque je sens qu’encore une fois on tente de me berner. Et qui sait, peut-être qu’un jour je rencontrerai la personne qui méritera que je reste et que j’ouvre doucement la porte de ma carapace. Mais c’est OK, je ne suis plus pressée.

Source photo de couverture : Unsplash

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