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L’ère de la gratuité

Si on fouille sur ma tablette de CD, on peut retrouver, entre autres vestiges musicaux, des compilations douteuses gravées au début des années 2000. Je dis « des » compilations, mais je crois qu’il n’y en a qu’une qui a survécu à la dernière Grande Crise de ménage : celle qu’on appelle affectueusement le CD rose et qui témoigne de ma vie en colocation.

Il y a quelques années, j’ai cherché partout une série télé, sans succès. Je me suis résignée à l’écouter sur un site de streaming très populaire qui a depuis été fermé, puisque tout à fait illégal.

Je partage mon abonnement Netflix avec trois collègues de travail.

Je suis abonnée à la version gratuite de Spotify : j’ai accès à des millions de chansons en toute légalité, en échange d’une pub de Charmin de temps en temps.

Malgré tout, récemment, j’ai payé pour une application météo. J’étais sur l’appli, j’ai pogné les nerfs contre les pubs, j’ai vu que l’appli coûtait 4,99$ pour toute une année, je me suis dit que je faisais un bon deal, puisque je l’ouvre à peu près cinq fois par jour (surtout l’hiver, mais quand même). Dans les minutes qui ont suivi, je me suis trouvée un peu niaiseuse. J’ai réfléchi à ce que je venais de faire.

J’en suis venue à la conclusion qu’on ne veut plus payer pour rien. On vit dans une ère où tout est « gratuit ». J’ai mis « gratuit » entre guillemets, parce que quand c’est gratuit, généralement, c’est parce que c’est nous le produit. Mais bref : les médias d’information en arrachent, la musique en arrache et quand je ne suis pas en train d’acheter des applis de météo, je fais, moi aussi, partie du problème.

Je suis régulièrement déchirée entre mon désir de :
a) rendre l’accès à l’information, au savoir et à la culture gratuit et universel;
b) payer et reconnaître à sa juste valeur le travail qui se cache derrière cette information, ce savoir et cette culture.

Je connais personnellement des musicien-nes, des auteur-trices, des comédien-nes. Régulièrement, on leur demande de performer gratuitement pour l’amour de leur art, en échange de visibilité. Mauvaise nouvelle : la visibilité, ça s’étend mal sur des toasts. De fait, je connais personnellement des musicien-nes, des auteur-trices, des comédien-nes qui ont dû se résigner à ne PAS pouvoir gagner leur vie de leur art.

Derrière une chanson, derrière un film, derrière un livre, derrière une application, il y a plusieurs personnes qui ont mis plusieurs centaines d’heures de travail. Si Rihanna n’a clairement pas besoin que tu achètes sa nouvelle toune pour payer son épicerie, il y a probablement un danseur, une fille de son ou une choriste qui souhaite pouvoir exercer son métier longtemps encore et qui espère que toutes ces heures de travail et de perfectionnement soient rémunérées à leur juste valeur.

Pour finir, je dis ça, je dis rien, mais si tu es complètement cassé et que tu es à la recherche de solutions légales pour consommer tes nouvelles, ta musique, tes livres, tes films, etc., je t’invite à te tourner vers ta bibliothèque de quartier ou ta bibliothèque scolaire. On est ben fins pis tu croirais même pas à ça comment on peut te fournir en stock de qualité.

Source de la couverture : Sara Kurfeß sur Unsplash

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