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Facebook, j’ai mal au cœur

Je ne sais pas ça fait combien de temps que je scroll.

C’est un soir de semaine comme tant d’autres. J’ai la main « scotchée » à mon téléphone comme s’il était le prolongement de moi-même pendant que le reste de mon souper finit de croûter dans le fond de mon assiette.

C’est en regardant les premiers pas du bébé de ma voisine de case de secondaire 4 qu’une nausée me pogne. Je laisse tomber mon téléphone, c’est presque un réflexe naturel. Mon corps m’oblige à éloigner l’objet, aussi naturellement qu’il m’ordonne d’arrêter de manger si le cœur me lève.

Pauvre bébé, ce n’est pas sa faute. Ni celle de ma voisine de case de secondaire 4.

J’ai juste une grosse écoeurite. Tout d’un coup.

Comment en suis-je venue à consacrer les précieuses minutes de ma vie à fixer d’un regard de lobotomisée les prouesses d’un bambin dont je me contrefous?

Si j’ai longtemps trouvé les réseaux sociaux divertissants, il me semble qu’ils me pourrissent maintenant la vie comme jamais. Ils m’assomment, me font sentir seule malgré les centaines d’amis.

Quand ouvrir Facebook ou Instagram n’est même plus un choix conscient, que c’est devenu aussi naturel que de respirer, je crois qu’il faut se rendre à l’évidence : j’ai développé une dépendance.

J’ai perdu l’équilibre.

J’ai touché le fond de l’abrutissement.

C’est la prise de conscience.

Pus capable de la déficience sociale

Réseau social.

C’est paradoxal quand même que ce type de réseau porte un nom pareil. Parce que plus on les utilise, plus on devient akward socialement.

Depuis l’avènement de Snapchat, il n’a jamais été aussi facile de « cruiser » dans le dos de son partenaire. Pis on se dit que c’est rien, après tout, c’est juste une petite photo sexy, un petit message coquin. Pourquoi on se ferait chier à ouvrir le dialogue dans notre couple pour discuter de nos besoins respectifs et de notre vision de l’avenir comme des humains capables de communication quand on peut juste se tromper chacun de notre bord aussi facilement?

« Ghoster » sa date pognée dans un catalogue de faces virtuel est une solution rapide et efficace. Oui, c’était bien cool notre soirée, mais le mec ne me plaisait pas tant finalement, donc je vais juste arrêter de répondre à ses texts. Je vais l’ignorer jusqu’à ce qu’il se tanne de se repasser la soirée en boucle pour voir où est-ce qu’il a bien pu l’échapper pour que je disparaisse de même.

« Poster » une photo de gang de filles sur Instagram est un événement potentiellement déclencheur de chicane. Une qui publie l’image dans prendre la peine de demander si ça convient à toutes, et l’autre qui attache une importance démesurée à la photo comme si les 400 amis virtuels allaient y accorder une attention soutenue. Oui, mais là, on fait quoi quand on n’a pas le choix de le dire à la planète entière qu’on se fait un vins et fromages à soir?

Ah oui, j’oubliais… Commenter tout et n’importe quoi comme si on détenait la vérité universelle, c’est presque devenu anodin. Si les échanges de commentaires qu’on aperçoit sous les articles concernant Safia Nolin ou Hubert Lenoir ne sont pas une preuve irréfutable de notre déclin dans l’échelle des habiletés sociales, je me demande ce que c’est.

Besoin d’un break

Là, ça va faire.

Pus capable de cette débilité devenue normale.

Pus capable de me faire harceler de ding! et de bip!

Pus capable de ces pubs qui me sont spécialement destinées.

J’ai besoin de me rappeler comment c’était avant Big Brother.

Quand j’avais assez de concentration pour lire un roman pendant des heures. Quand j’appelais mes amies pour leur parler de vive voix. Quand je dessinais tous les jours. Quand je cuisinais et que j’aimais ça. Quand je terminais les projets que je commençais. Quand je mettais mon énergie dans ce qui en valait vraiment la peine.

J’appuie sur pause.

Pour quelques jours, quelques semaines… je ne sais pas.

J’éteins tout, c’est pour mieux me rallumer.

Source photo de couverture : Pixabay

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