Menu

Ma chirurgie bariatrique

Je ne considère pas avoir eu un manque de confiance en moi de façon générale. C’est un gros statement je sais, mais reste que c’est la vérité.

Je n’étais pas une enfant en surpoids. Pour ce qui est de l’adolescence, je pense que je peux plutôt me décrire comme ayant eu quelques courbes mais sans plus. J’étais, jusqu’à la fin du secondaire, une fille active. Toujours impliquée dans différentes activités, je pratiquais la danse, le cheerleading et le théâtre.

J’ai commencé à prendre du poids de façon importante vers l’âge de 19 ans. Je sais exactement pourquoi. Je n’ai pas besoin d’une thérapie cognitivo comportementale et une psychothérapie exhaustive, je suis très consciente des choix que j’ai faits. Je vivais une relation amoureuse toxique et je me suis perdue pendant quelque temps. S’en sont ensuite suivies de longues années de reconstruction de mon estime et de mes valeurs.

Entre mes 19 ans et aujourd’hui (j’ai 30 ans), j’ai dû prendre près de 130 livres. Pendant toutes ces années, mon poids ne m’a jamais vraiment dérangé. Je suis toujours arrivé à trouver des vêtements qui me plaisaient et j’ai une assez bonne capacité à me foutre de l’opinion de Monsieur-Madame-Tout le monde!

J’ai essayé plusieurs fois de perdre du poids par moi-même, sans succès. Pas pour faire plaisir à quelqu’un, pas pour « fitter » dans le moule, mais seulement parce que mon corps m’envoyait certains signaux et que j’étais de plus en plus limitée dans les activités que j’avais envie de faire.

En avril 2017, mon médecin m’a parler de chirurgie bariatrique. Elle m’a expliqué que l’attente était très longue et que je pourrais profiter de ces années pour m’informer et me préparer à cette éventualité. Sur le coup, j’ai littéralement dû pleurer toutes les larmes de mon corps. J’avais honte et je me sentais coupable d’être rendue là.

J’ai profité de ces deux années pour lire, le plus possible. Je dois être sur plus de 10 pages et groupes Facebook différentes où j’ai pu lire des témoignages, positifs et négatifs, voir des avants-après impressionnants. J’ai dû lire des centaines d’articles traitant de la chirurgie bariatrique, des risques qui y sont associés, de la préparation et du après. J’ai aussi passé à travers toute la procédure; rencontre de groupe, rencontre avec le chirurgien, la nutritionniste, l’infirmière et tous les tests nécessaires avant une telle intervention.

Pendant ces deux ans, j’ai eu beaucoup de doutes mais surtout un énorme sentiment d’imposture. Je me considère comme une alliée des militantes du mouvement de body positivity depuis des années. Mais est-ce que j’avais le droit de subir une chirurgie bariatrique et de rester fidèle à mes valeurs?

Est-ce que le fait de subir une intervention extrêmement intrusive, de dernier recours, qui prône la perte de poids, fait de moi un imposteur? La réponse est oui, peut-être… mais aux yeux de qui?

Personne dont l’avis est plus important que le mien.

J’en suis venue à la conclusion qu’au bout du compte, c’est une décision qui n’appartenait à personne d’autre que moi. Pour exactement les mêmes raisons qu’il est inacceptable de donner son avis à quelqu’un sur son poids, ses choix vestimentaires ou la religion qu’il pratique sans qu’on nous l’ait demandé, il est inacceptable de porter un jugement sur la façon dont quelqu’un choisit de perdre ou de ne pas perdre du poids.

Opérée depuis le 24 avril dernier, mon plus grand défi est maintenant de trouver de l’équilibre à travers tout ça. Mon but n’est pas d’atteindre ce que le monde médical considère comme mon poids santé. Je souhaite seulement pouvoir refaire du ski alpin sans douleurs, être capable d’accompagner mes amies lorsqu’elles vont faire des randonnées en montagne, jouer dans une ligue de baseball.  Les 135 livres de mon poids santé, ce n’est même pas proche de m’intéresser.

Imposteur ou pas, tu peux être certain.e que je vais continuer de supporter toute les belles militantes et fatbabe de ce monde. Le reste, ça m’appartient, juste à moi!

Par Catherine Lavigne-Charette

One thought on “Ma chirurgie bariatrique

  1. Tu me fais du bien. Tu n’essaye pas de nous convaincre de le faire ou pas. C’est rempli d’authenticité, une mise à nue sans jugement. Merci pour ce beau texte !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2019. Tous droits réservés
Une réalisation de