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C’est tu ça, l’amour?

J’y croyais pas, à ce qu’on vit là, je croyais pas que c’était possible, avant de te rencontrer.

J’ai toujours été célibataire. J’ai grandi dans le patriarcat, alors pendant que les gars apprenaient à rêver d’avoir du sexe, j’ai appris à rêver d’avoir un chum. Éventuellement, j’ai commencé à croire que je ne méritais pas l’amour, puis carrément que je ne méritais que d’être victime de violences sexuelles.

Me reconstruire après mon agression, ça s’est notamment fait en me distançant de l’institution du couple telle que le patriarcat la fournit toute équipée pour le modique prix de l’éducation genrée. Je regardais les gens autour de moi en me disant que je ne voulais rien savoir de la vie à deux, que tous ces compromis, toute cette pièce de théâtre où les rôles sont choisis d’avance, toutes ces responsabilités partagées, j’en veux pas. Je suis trop égoïste pour être amoureuse.

J’ai commencé à m’imaginer dans le futur avec des projets d’avenir, célibataire. Investir des projets communautaires au local et à l’international. Acheter une maison à logements pour vivre en appart’ toute ma vie. Être famille d’accueil – oui c’est possible quand t’es célibataire, j’ai vérifié. Tout ça toute seule parce que j’ai besoin de personne pour réaliser mes rêves, ma vie va être pleine et je n’attendrai personne pour la remplir.

And then I met you.

Toutes mes croyances – ou mes mécréances – liées à la vie romantique se sont écroulées, je voudrais dire une à une, comme si j’avais été raisonnable et que c’était venu progressivement, mais ce serait faux ; c’est venu d’un coup, la lumière s’est allumée et ne s’est jamais éteinte depuis.

C’est possible, ce qu’on vit? Être en amour sans entretenir de dynamique patriarcale? Avoir envie de mettre de l’énergie? Contribuer activement à faire de l’autre une meilleure personne? Communiquer, réfléchir, s’adapter, découvrir, s’intéresser, apprendre, partager, donner et recevoir, le tout de façon égalitaire?

Je dis à qui veut l’entendre qu’avec toi, j’ai l’impression d’avoir des morceaux de casse-tête qui fittent avec les tiens. Je me sens bien, je me sens à ma place, je me sens moi – entièrement moi – pis aimée dans mon ensemble. Je me sens chez nous, it feels like home, depuis le tout début. Je me sens comprise, it feels right. Déjà, je m’habitue à cette constellation de points communs qui me déstabilisait il y a quelques semaines à peine. En réponse à la question « t’es qui, toé, criss? », que tu m’a posée lors de notre première discussion de vive voix, j’ai envie de croire à des folleries comme les âmes sœurs ou l’amour avec un grand A. J’ai envie de répondre « la personne que t’étais due pour rencontrer ».

Je suis pas le genre à croire à l’amour. Je suis pas le genre à croire au coup de foudre. Je suis pas le genre à croire en moi dans une relation romantique.

Ça fait peur, tout ça. Tu dis quand tu tentes d’être toi-même pour la première fois que tu n’as rien à perdre et chaque fois, je me dis que moi j’ai fucking quelque chose à perdre, parce que ce que j’ai avec toi, je l’ai avec personne d’autre. Y’a de quoi avoir peur.

Mais j’ai juste confiance. J’ai confiance parce qu’une connexion de même, ça arrive juste pas, c’est extraordinaire, c’est incroyable. Pis si tu trouves ce qu’on vit juste un dixième aussi nice que ce que moi je perçois, ben tu vas rester. Parce que les gens restent pour fucking moins que ça. Parce que ça se peut juste pas que je sois toute seule à me sentir de même. Parce que je te crois quand tu dis que toi aussi, tu le vis, parce que je le sais que c’est vrai, ce qu’on vit, pis que c’est beau.

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