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NON.

Le non-respect du consentement, c’est ancré assez profondément en nous. On a beaucoup de mauvaises tendances à déconstruire.

Le slogan « Non, c’est non! » s’est transformé en « Sans oui, c’est non! ».

Parce que par exemple, un viol n’en est pas un seulement lorsque la victime a dit non. S’il n’y a pas de oui, il n’y a pas de consentement. Et un oui enthousiaste, et clair, et qui a la possibilité d’être retiré en tout temps.

Tout ça, c’est bien beau, c’est bien clair.

Mais je me rends compte que j’ai un ménage à faire à l’intérieur de moi-même.

Parfois, je ne sais même pas ce que je veux. Est-ce que je veux que cette personne me touche? Est-ce que je suis à l’aise? Est-ce que j’aime ça ? Est-ce que c’est le bon moment pour moi?

Devant ces doutes, j’ai été socialisée à NE PAS m’abstenir. Si ça peut faire plaisir à l’autre… Surtout si cet autre est un homme et qu’il puisse mal prendre mes hésitations ou mon refus. J’ai appris à plaire aux autres, à répondre à leurs besoins, à leur rendre service. Et tout ça ne me plaît pas toujours. Mais c’est normal pour une personne socialisée comme femme de mettre de côté ses besoins, ses envies, de SE mettre de côté pour les autres. Care, service, sacrifice…

Je sais maintenant que ces doutes sont un indice de mon « non ». Je n’ai pas assez bien appris à le dire.  J’ai peur de décevoir, blesser, frustrer l’autre.

Ces hésitations ne sont pas un oui enthousiaste, alors, c’est non.

Je ne sais pas, peut-être, bof… ça veut dire non.

Même si maintenant je le sais, c’est encore difficile à dire. Parce que les conséquences sont réelles. Un sentiment de rejet chez l’autre, éloignement, déception, frustration, parfois violence… La simple peur que ça puisse se rendre jusque là peut nous faire dire oui parce que on se dit que c’est moins pénible.  Mais à la longue, ça devient insupportable.

Je veux apprendre à dire non. À oser m’affirmer. Dire non, c’est dire oui à autre chose.

Mais pour ça, il faut aussi collectivement qu’on apprenne à se faire dire non. Surtout les personnes socialisées comme hommes.
On leur apprend qu’ils doivent insister. Qu’ils savent mieux qu’elles ce qu’elles veulent. Qu’elles vont finir par dire oui.

On leur apprend qu’il le mérite. Que s’ils travaillent assez fort, qu’ils y mettent assez d’énergie, ils ne peuvent que réussir tout ce qu’ils entreprennent. Qu’ils auront tout ce qu’ils veulent.

Alors, oui, il faut que je travaille à mettre en pratique : « Dans le doute, abstiens-toi. »

Pour m’écouter davantage, respecter mes envies, reconnaître mes besoins, cultiver mon enthousiasme. Les hésitations, ce n’est pas bon signe.

Mais aux hommes, surtout : « Dans le doute, abstenez-vous. »

Pour écouter l’autre, respecter ses envies, reconnaître ses besoins, cultiver son enthousiasme. Au pire, posez des questions, confirmez son intérêt.

Mais par-dessus, n’en faites pas un cas! Je sais que ça peut être difficile, mais on a le droit de dire non et ce non mérite d’être respecté.

Et ça, ça va tous nous aider à oser dire ce tout petit mot : « non ».

Source de la couverture : Nadine Shaabana

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