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Comment voter sans nuire aux femmes

Dans les dernières années, on entend beaucoup parler des femmes dans la politique occidentale. Que ce soit la vague de #metoo, les politiques anti-avortement, le port du voile islamique dans la sphère publique, les femmes font partie des sujets de discussion en matière de politique. En théorie, c’est une bonne chose. Les gens se questionnent sur les conditions de vie des femmes, c’est nice, non?

En fait, ça m’inquiète plutôt beaucoup, comment ces discussions sont loin d’être toujours féministes. On connait toustes quelqu’un qui dit « La culture du viol, ça existe pas. », « L’avortement, c’est un meurtre. » et/ou « Qu’y r’tourne dans leur pays si sont pas contentes. »

Et même parmi les gens qui ne tombent pas dans le piège de renforcer les oppressions sexistes quand vient le temps de débattre, force est de constater que le pouvoir des citoyens moyens sur les mesures étatiques est plutôt faible. En effet, on tente de nous faire croire que les deux seuls pouvoirs qu’ont tous les individus en politique sont ceux d’acheter et de voter. Puisqu’on sait que le premier est très inégal dans notre société, tentons plutôt notre chance du côté du deuxième. Je souligne tout de même que l’implication au sein de la communauté peut se faire de moult autres façons.

Comment voter sans nuire aux femmes?

Je réponds d’abord à cette question par une brève liste de politiques qui ont contribué à tendre vers l’égalité entre les genres.

  • Droit de vote des femmes
  • Droit de propriété des femmes
  • Interdiction légale de discriminer selon le genre
  • Accès à l’avortement
  • Congés parentaux
  • Accès au service de garde (prix, horaire, lieu)
  • Éducation obligatoire jusqu’à 16 ans
  • Accès à la procréation assistée
  • Accès à diverses options de réassignation de genre
  • Criminalisation des agressions sexuelles et de la violence conjugale
  • Allocations familiales

Et j’en passe.

Ainsi, des promesses électorales nuisant de près ou de loin à ces principes sont des promesses électorales nuisant aux femmes. Par exemple, une promesse de couper dans l’éducation est une promesse d’augmenter la charge mentale des mères dont les enfants ont des difficultés scolaires, de même qu’une promesse d’une éducation de moins bonne qualité pour la majorité des jeunes (rappelons que l’éducation est un des facteurs favorisant l’égalité entre les genres) et, si le taux de décrochage augmente à cause du manque de services, conséquemment, davantage de femmes sans diplôme seront dans la pauvreté (les répercussions du décrochage sont bien pires pour les femmes que pour les hommes, même si ceux-ci sont plus nombreux à décrocher, un peu comme plus de femmes tentent de se suicider mais que les répercussions sont plus tragiques pour les hommes qui font des tentatives).

Ensuite, il faut se rappeler que « le tiers des femmes qui travaillent occupe un emploi dans le secteur public et [que] les trois-quarts des personnes employées par l’État sont des femmes » (Institut de recherche et d’information socio-économique, 2015). Ça veut dire que des coupures budgétaires dans les secteurs publics, ça instabilise surtout les emplois des femmes. C’est drôle comment ça touche plus souvent l’éducation et la santé que la construction et l’extraction alors que les mesures de redressement économique favorisent surtout ces derniers domaines, majoritairement masculins et très hostiles pour les femmes.

Et si tu trouves, comme certain.es politicien.nes, que c’est une question de perceptions, la discrimination des femmes dans la politique, ben tu peux toujours te rabattre sur les mesures environnementales, qui sont généralement très équitables. En effet, la volonté de préserver un environnement viable pour l’humain sur la Terre, c’est plutôt équitable, surtout qu’en légiférant les entreprises privées, on retire la pression des « changements individuels » des épaules des femmes, dont la charge mentale est considérablement augmentée par le tri des déchets, l’alimentation végétalienne écoresponsable et les autres mesures qu’elles peuvent prendre au quotidien. Ainsi, augmenter la responsabilité des entreprises, c’est favoriser l’équité entre l’implication des hommes, encore majoritaires sur les conseils d’administration et sur les postes de direction, et celle des femmes, qui ont encore une charge mentale environ deux fois supérieure à celle des hommes dans le fonctionnement à la maison (Statistiques Canada, 2015).

Et pour les gens qui se disent que les promesses électorales, ce ne sont que des mensonges dans certains partis, l’épisode 5 de la série Rad – Élections 2019 nous informe plutôt que le gouvernement Trudeau a respecté partiellement ou totalement 92 % de ses promesses électorales. Et quand on pense aux droits humains, on préfère mille fois une personne progressiste qui ne tient pas ses promesses qu’une personne conservatrice qui les tient.

Bref. Le résumé est le suivant :

Aux prochaines élections, prends en considération les mesures qui reviennent en arrière en matière de droits des femmes et celles qui auront davantage d’impacts financiers et sociaux sur elles que sur leurs concitoyens, et, en cas de doute, favorise les mesures environnementales, où tu peux difficilement te tromper.

Si tout le monde fait ça, ça va éviter à des millions de femmes de perdre du terrain dans leur course, consciente ou non, pour l’équité entre les genres. Suffit de regarder nos voisins d’en-dessous pour comprendre que si on ne se soucie pas des femmes en votant, elles vont en subir les conséquences. On est capables de faire mieux que ça.

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