Menu

Fréquenter une personne trans, c’est la vie

« C’est compliqué, ton affaire. »

Je suis couchée à côté de maman sur un futon, papa est encore à moitié endormi, collé dans le dos de maman, pis il chiale déjà.

« T’aimes les gars, t’aimes les filles, pis t’aimes les trans. Me semble que ça aurait été plus simple si t’avais été hétéro. »

Je viens de dire à mon père que mon amoureuse, celle qui met des étoiles dans mes yeux comme seuls mes ambitions et mes rêves les plus fous l’avaient fait avant, cette personne formidable est trans. En fait, j’ai de la peine parce que mon père ne comprend pas que je suis heureuse, même si je sais qu’il souhaite mon bonheur.

Fait que, qu’est-ce que je fais? J’écris un article pour que les gens comprennent, parce que dater une personne trans, c’est formidable. Voici pourquoi :

  1. D’une façon ou d’une autre, quelqu’un se ramasse avec du linge gratuit.

J’ai beau m’habiller très différemment de mon amoureuse, mes vieilles brassières, mes chandails trop grands, mes jupes trop longues, je n’ai plus à les donner au centre pour femmes immigrantes, je peux directement les donner à mon être chère. Et si je datais un homme trans, ben c’est lui qui me donnerait son linge. Dans tous les cas, il y a quelqu’un qui sauve du money et qui consomme usager, et on aime ça, la consommation écolo.

  1. Notre dynamique relationnelle est beaucoup plus à notre image.

T’sais, notre bon ami, le patriarcat, il nous propose toujours la même cassette quand on cherche à bâtir une nouvelle relation. Ben quand t’as pas un gars pis une fille dans l’histoire d’amour, le patriarcat, il sait pas trop quoi te proposer, fait que tu peux choisir toi-même – avec ta douce entièreté – comment tu veux agir. Ça peut aller de la répartition des tâches à la façon de se tenir la main, à qui paye la facture au restaurant et à qui conduit le char durant le roadtrip. Moi, je conduis sur l’autoroute, pis elle, en ville. Le patriarcat est tout perdu.

  1. On est un show d’humour ambulant

Quel meilleur remède pour quelqu’un qui fait de l’anxiété sociale que de se désensibiliser en cherchant volontairement à créer des malaises liés à la queerness? Chaque faux pas devient en fait un pas dans la direction de l’humour, de l’autodérision et de la défiance des codes établis. Si on avait voulu être comme les autres, ben on serait pas nous-mêmes pis ce serait plate. Fait que pourquoi pas profiter des fous rires que notre identité occasionne?

  1. Notre sexualité est une aventure

Tu cherches à mettre du piquant dans ta vie sexuelle? Nous, on est régalées! On rentrera pas dans les détails – faudrait surtout pas nourrir le fétichisme des femmes trans – mais si t’as envie d’essayer de quoi de nouveau, fais comme si tu étais d’un autre genre que celui qui t’a été assigné à la naissance pendant une relation sexuelle. Tu vas voir, c’est toute qu’une expérience! Faudrait surtout pas croire qu’une femme trans a du sexe comme un homme avec des seins, ou qu’un homme trans a du sexe comme une femme avec un strap on! On redéfinit les codes, on découvre ce qu’on aime réellement pis on met de côté ce qu’on pensait aimer mais qu’on faisait juste parce que c’était attendu de nous. Découverte de soi assurée!

  1. Nos réflexions féministes se multiplient comme les rhumes en octobre

T’as beau revirer ton féminisme dans tous les sens, il pourra jamais développer des racines et travailler ses habiletés d’adaptation comme s’il était confronté à un rappel constant que les identités de genre, tu pensais c’tait ça que c’tait, mais c’est pas ça que c’tait. Sais-tu que s’essuyer en sortant de la douche et enlever un chandail, tu l’as appris différemment si t’as été assigné.e gars ou fille à la naissance? Sais-tu comment les filles apprennent à endurer en silence le male gaze? Sais-tu comment les gars ont de la pression pour faire le first move? Sais-tu comment c’est du gossage de détails, se maquiller? J’te l’dis, mon féminisme est beaucoup plus conscient de la police du genre qu’avant. C’est quoi, être une femme? Si t’aimes la psycho-socio-historico-philosophie, tu vas tripper!

  1. On est complices du bonheur

Ça, c’est ma raison préf. Y’a littéralement rien comme le sentiment que je vis quand je vois l’illumination sur le visage de ma douce quand elle est bien genrée. J’aimerais dire que ça me fait plus de bien quand je sais que c’est moi qui la genre bien, mais en vérité, ça me fait tellllllllllement plus chaud au cœur quand quelqu’un d’autre valide son identité de genre. Juste l’écrire, ça me fait comme un chocolat chaud post bataille de boules de neige. C’est réconfortant, c’est doux pis c’est excitant. Quand je vois ce bonheur-là, si grand, pour quelque chose d’aussi simple qu’un pronom, qu’une bise au lieu d’une poignée de mains, qu’un conseil beauté, qu’un échange de vêtements, qu’une caresse,  je comprends juste pas pourquoi des gens se priveraient d’être complices du bonheur en étant transphobes. Je pense honnêtement jamais m’être sentie aussi valorisée d’être l’alliée d’une personne opprimée qu’en étant l’amoureuse d’une personne trans. Et c’est pas peu dire, je suis l’alliée de ben du monde.

C’est loin d’être complet. C’est loin d’être suffisant. Mais c’est un début, pis faut ben que quelqu’un en parle, de comment c’est nice, être amoureuse d’une personne trans. J’ai déjà hâte qu’il y ait des articles plus pertinents, plus exhaustifs, plus inspirants sur le sujet. D’ici là, j’espère sincèrement que je transmets un peu de mon amour, parce que les personnes trans méritent qu’on les voit comme les personnes fantastiques qu’elles sont, et parce que l’entourage des personnes trans mérite d’être compris dans son amour pour ces personnes fantastiques. Oui, comme la rue ce soir.

Source photo de couverture

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2019. Tous droits réservés
Une réalisation de