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Les attentes d’une société qui oublie l’humain

Je suis allée voir ma famille plus éloignée cet été. Ça me fait toujours du bien à l’égo, parce qu’on me félicite pour tout ce que je fais. Tsé, je vais à l’université, je travaille et j’entreprends des projets pour construire ma vie professionnelle. Je corresponds pas mal aux attentes que la société a construite envers ses jeunes. En surface. Ce qu’ils ne savent pas, ou ne veulent pas se rappeler, c’est que je suis toujours sur le bord d’un burn out, que mes symptômes dépressifs reviennent me hanter régulièrement, et que je viens de passer par-dessus une période d’alcoolisme qui ressemble aujourd’hui plus à de la dipsomanie. 

Mais, félicitations Karianne. Ta vie a l’air de bien aller. T’es étudiante à l’université. Oui, t’as changé deux fois de programme durant ton parcours scolaire, donc ce n’est pas PARFAIT, mais t’as toujours travaillé en même temps, donc t’es vaillante, tu travailles fort, t’as de bonnes notes, tu réponds au standard de la société sur un parcours presque parfait.

Je ne suis pas à l’aise avec ce discours. Mon égo a bien été content sur le coup. Mais au final, si on ne m’avait pas martelé ces idées depuis que je suis toute petite, je me serais sûrement évité bien des problèmes. Et je ne suis pas à l’aise, parce qu’on me met sur un piédestal. Je suis celle qu’on exemplifie en disant, « toi aussi t’es capable, regarde elle, elle le fait ». Ça me rend mal à l’aise, cette sublimation, parce qu’en réalité, il n’y a rien d’extraordinaire là-dedans, car on oublie de parler de l’anxiété, la dépression, pis le reste. 

C’est comme si on leur disait, « Ben je préfèrerais que tu travailles à t’épuiser, plutôt que d’écouter ton corps. J’aimerais que t’aies des problèmes d’alcool, mais que tu travailles plus. J’aimerais que tu pleures chaque soir en revenant de l’école, mais de continuer tes études. » Comme Karianne. Regarde la, comment elle est travaillante.

Je comprends que ce n’est pas la réalité de tout le monde. Certains peuvent travailler, étudier, et avoir des projets, sans tous ces problèmes. Et certains non, et d’autres ne veulent simplement pas. Pis c’est ça qui est correct. Respecter le choix, les capacités, les besoins de chacun… et pas d’avoir des attentes uniformes, pour des gens différents, avec des parcours différents et des besoins différents. 

Aujourd’hui, j’aimerais flatter l’égo de ceux qu’on compare. Vous féliciter d’avoir fait «fuck off» aux attentes de la société, pis de VOUS être mis en priorité. Parce que c’est rough, pis vous êtes forts. 

À toi qui as arrêté tes études pour prendre soin de ta santé mentale.

À toi qui as arrêté parce que tu n’aimais pas ça et que tu as préféré attendre de trouver ce que tu voulais vraiment avant de te lancer n’importe où. 

À toi qui as arrêté pour travailler un peu pour ne pas te ramasser avec trop de dettes. 

À toi qui ne travailles pas pendant tes études, pour pouvoir concilier études, vie sociale et bonne santé mentale. 

À toi qui a attendu.

À toi qui a arrêté.

À toi qui as pris une pause.

Parce que vous le méritez. Pis désolé qu’on vous ait déjà comparé. Vous êtes sur mon piédestal. Vous êtes mes modèles, pis je crois sincèrement que c’est vous qui devriez être l’exemple des attentes de la société. 

Crédit photo: Karianne Martel

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