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Des fois, ch’tannée

Des fois, ch’tannée. Je sais que l’orthographe recommandée serait « j’tannée », mais j’ai clairement dépassé le stade du « j’ ».

Je m’ennuie parfois de l’époque où j’étais moins informée sur certains enjeux de société. À cette époque, je pouvais lire « À part ton joli petit sourire, qu’as-tu à me dire? » sans ressentir un gros frisson de dégoût et penser : ARRRKE, veux-tu-ben-laisser-mon-sourire-tranquille-je-ne-suis-pas-une-marchandise-qui-doit-prouver-sa-valeur.
Je pouvais entendre :

– Elle on s’en crisse, elle est grosse pis laide.
– Euh, moi aussi je suis grosse?
– Ouin, mais toi t’es pas laide.

Pis être juste contente d’entendre qu’on me trouve belle (ou « pas laide ») sans penser : ok, fait que y’a des « bonnes » grosses pis des « mauvaises » grosses?! Je ne haussais pas un sourcil désapprobateur en entendant qu’une femme transsexuelle ne peut pas être une femme puisqu’elle a encore un pénis. J’écoutais la radio sans me demander quand est-ce, don’, que cet animateur-là a commencé à faire des jokes de mononcle?! J’assistais à des numéros d’humour sur le consentement et la culture du viol et je pouvais en rire – je pourrais probablement encore en rire, à condition que ce soit bien fait.

Des fois, ch’tannée, encore plus quand on essaie d’excuser ces comportements.
Ah, Mylaine, faut pas que tu fasses attention à ça :
il est vieux;
elle n’a pas de jugement;
c’est une blague;
etc.

Je crois fermement que c’est l’éducation (au sens large, pas juste comme dans « aller à l’école ») et l’information qui finissent par faire bouger les choses, alors je m’expose à du contenu pour me sensibiliser à des enjeux… et j’obtiens le résultat escompté. Yé! Sauf qu’après, je vois des injustices partout, j’argumente (parfois) fort avec des gens que j’aime et je me ramasse sur des sites qui publient des photos de loutres pour me réconforter.

Des fois, ch’tannée, mais je n’ai pas de solution. Si excuser des comportements n’est pas acceptable, l’ignorance volontaire ne l’est pas non plus. C’est ben le fun de s’acheter une paix d’esprit, mais ça contribue au problème, ça aussi.

Alors voilà. Je suis ici, à décrire comment je me fatigue moi-même, mais comment je n’ai pas de meilleure idée que continuer à le faire. Une amie a comparé ça à l’adolescence : on y entre et on en sort pas tous au même moment et le temps que ça dure, on se sent toujours un peu en décalage. C’est peut-être ça, dans le fond; mon feeling individuel traduit l’adolescence d’une société qui a les bras trop longs, qui fait des pas incertains et qui évolue tant bien que mal en quelque chose de plus grand. Ouin, c’est peut-être ça, gang : on est peut-être en train de devenir quelque chose comme des Charizard.

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