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J’ai peur

J’ai peur.

J’ai peur de moi-même. J’ai peur de toi. J’ai peur d’être déçue, mais j’ai aussi peur de décevoir. De me décevoir et de te décevoir. J’ai peur de n’être rien de plus qu’une autre fille. J’entends les rumeurs à ton sujet, je ne suis ni sourde ni aveugle. Chaque fois que je te vois être joueur avec une autre, ça me fait mal. Chaque fois que tu joues dans mes cheveux, que c’est moi que tu regardes, ça me fait du bien. Je suis jalouse sans même en avoir une raison.

Tu sais, quand tu me flattais dans le cou l’autre jour, sur le toit? Les frissons que j’ai ressentis, ils me marquent encore. J’aimerais pouvoir les ressentir le soir, quand je m’endors. Mais j’ai peur.

Je ne connais rien à tout ça. Je veux sentir les lèvres de quelqu’un sur les miennes. Je veux sentir un corps contre le mien. La seule façon pour l’instant, c’est de jouer avec toi. C’est mieux que rien, j’imagine.

Mais j’ai peur.

Je ne veux pas de relations sexuelles. J’en ai peur, en fait. Oui, j’ai peur de me dévoiler à quelqu’un, et je vois comment tu te comportes avec d’autres filles. Je sais que je suis probablement trop irrationnelle et je sais que si jamais quelque chose se passait entre nous, tu me respecterais. Mais je ne peux pas m’empêcher d’avoir peur.

On dirait que tout dans cette école, toutes les relations amoureuses ne passent que par le sexe. On dirait qu’il n’y a que ça qui unisse les gens ensemble. Mais ce n’est pas ce que je veux.

Ce n’est pas ce dont j’ai besoin. Du moins, pas pour le moment. Oui, j’ai peur. Je veux juste quelque chose d’émotionnel, quelque chose qui soit basé sur l’amitié et sur la confiance envers l’autre. Mais je ne sais pas si je peux te faire confiance.

J’aimerais être capable de faire taire toutes ces rumeurs à ton sujet. Faire en sorte qu’elles n’existent pas, que tu n’aies jamais rien fait de tel. Que tu pourrais être à moi, plutôt que partagé.

Parce que j’ai peur.

Parce que je ne connais rien à l’amour. Parce que j’ai surtout besoin de quelqu’un pour me guider et m’apprendre, plutôt qu’une personne pour jouer et batifoler. J’ai peur, et cette peur m’empêche, me bloque, m’agrippe par derrière.

Je te vois, mais je suis aveugle.

Je t’entends, mais je suis sourde.

Je te sens, mais ma peau est insensible.

Quand tu me touches, tout mon corps vibre, mais mon cœur explose. En mille morceaux. Perdus aux quatre coins de ma vie. Trop loin, trop de souvenirs, trop de mauvaises expériences.

Trop tard.

Quelque part, dans un train, une fille pense. Elle pense à l’amour, à ce qu’elle connaît, mais encore plus à ce qu’elle ne connaît pas. Cela lui fait peur. Quand elle voit deux personnes s’embrasser, elle s’embarrasse. Quand elle voit deux personnes qui se tiennent par la main, elle regarde sa main vide.

Par Andrée-Anne Milot

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