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Je ne me reconnais plus

J’ai jamais été le genre de fille jalouse.

Je sais que les filles aiment dire ça, « je suis pas une fille jalouse », comme pour se rassurer, pour s’assurer que l’autre partira pas en courant. J’ai jamais été le genre de fille jalouse et je le dis pas pour avoir l’air pense-bonne-j’suis-meilleure-que-tout-le-monde-mariez-moi-quelqu’un, je le dis parce que c’est vrai.

C’était un talent, j’imagine, de faire confiance à l’autre, de croire au meilleur chez les gens. C’était un talent de me faire assez confiance pour ne pas douter de l’autre. Parce ce qu’on se contera pas de mensonges à’ soir, quand on est jaloux.se des autres, c’est généralement parce qu’on se sent inférieur.e, parce que ces autres nous semblent si évidemment plus cool et formidables que soi.

Alors bon, complètement fraîche-pet ou pas, je me faisais confiance, un genre de talent miracle qui ne s’explique pas.

J’avais jamais fouillé dans le cell de mon chum, ni contacté ses amis à savoir s’il était avec eux, ni espionné les stories de tous les endroits possibles et inimaginables où il aurait pu se trouver comme une fille turbo insécure ou complétement crackpot.

J’avais jamais pleuré en ayant pas de nouvelles, jamais eu de boule dans le ventre de m’endormir seule.

J’avais jamais eu peur de ne pas être assez pour la personne que j’aime.

J’avais jamais été jalouse avant toi.

Et je suis bien consciente qu’une part de tout ça se règle à deux, dans une confiance qui se construit tous les jours, dans une communication qui lâche pas le morceau, mais une autre part ne se répare qu’avec soi-même.

C’est épeurant, de se regarder dans le miroir et d’avoir changé sans s’en rendre compte.

Qu’est-ce qu’on fait quand on se trouve là, dans cette impasse, dans cette craque du divan, dans ce nouvel inconfort qui ne nous ressemble pas? On se retrouve comment?

Il y a quelques mois, j’aurais pas su quoi répondre. J’étais si loin entre les coussins qu’on aurait pu retrouver tout le petit change du monde avant de me retrouver moi. Qu’est-ce que j’aurais dû faire? Refaire le chemin inverse comme quand on cherche ses clés? Me débarrasser de ce qui stimule ce comportement chez moi et donc flusher la personne que j’aime?

La deuxième solution en est sûrement une efficace, mais dans les talents que je n’ai pas se trouve celui de se débarrasser facilement des choses (amours et vêtements datant du secondaire 3 confondus).

Alors, j’ai commencé à prendre soin de moi, à me détacher de ces doutes, que j’aie raison ou pas de les avoir, à les détacher de moi.

J’ai aussi commencé, ou plutôt recommencé, à me concentrer sur mes projets, mes ambitions. Et étrangement, ou complètement logiquement, le fait d’avoir des projets juste à moi sur lesquels j’ai tout le contrôle, ça m’a soignée, ça m’a prise dans ses bras, ça m’a rappelé à quoi ma vie ressemblait avant que tout parte en couille.

Et c’est important je crois, de faire les choses pour soi, d’avoir des projets, de décider de mettre des sous de côté pour une maison ou un voyage, de se laisser jaser à des inconnus accotés au bar ou à la table d’à côté dans le café, c’est important d’avoir ses propres constructions, ses propres rencontres, ses propres petites choses que personne ne pourra jamais nous enlever, ces choses qui n’abandonneront jamais le navire, ces choses qui resteront toujours nous réchauffer quand le moral gèle mais s’entête à ne pas partir le chauffage.

Alors perds-toi de temps en temps, ma chumme, pleure sans raisons, fâche-toi fort, mais oublie jamais de te répéter plusieurs fois par jour que t’es en masse assez et formidable et full chix et brillante.

Parce qu’avant de demander aux autres de nous trouver awesome, faut d’abord se trouver awesome tout.e seul.e!

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