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Exister à travers le consumérisme

L’autre jour, je me suis pris en flagrant délit lorsque j’étais sur Instagram en train de me comparer à d’autres individus. La tristesse m’a percuté de plein fouet en voyant tous ces sourires et ces beaux oripeaux de marque, ainsi que la belle nourriture et les biens matériels diffusés à profusion. En moi-même, à regarder toutes ces manifestations matérialistes, je me suis senti presque alien de ne pas faire de même et, maladivement, j’allais toujours plus profondément dans mes recherches.

Ce n’est que quelque temps plus tard, à mon travail, que j’ai pu discuter brièvement avec une collègue d’interface médiatique. Elle suivait, à l’époque, un régime alimentaire et se plaignait qu’il était bien fade que de manger une salade comme repas. À peine deux heures après mon quart, j’ai pu apercevoir sur les médias sociaux la photo de son repas avec des mot-clics à en perdre la boule et des propos aux antipodes de ce qu’elle avait pu me dévoiler en personne. Pendant que je me faisais sentir comme si je n’étais pas assez pour la société, le déclic m’a percuté lorsque je me suis ouvert les yeux sur l’évidence que ma collègue se mentait à elle-même pour avoir publié sa nourriture joyeusement.

Et si tout le monde était dans ce même piège et que cette sensation d’avoir à exister et de se faire appuyer virtuellement était, en fait, le poison de la communication? Si ma collègue en vient à se mentir sur sa réalité, probablement que bien d’autres sont dans cette même prison, puisqu’à cette ère où la technologie est synonyme d’unanimité et de conformité, une désorientation se crée dans l’individualité. À voir tout le monde dépenser de la sorte et faire semblant qu’ils sont heureux de leurs possessions, tous viennent à croire qu’il est normal d’agir de la sorte, car c’est le seul modèle montré par les médias sociaux. Il est en effet très étrange de cheminer dans une société où les modèles d’action sont restreints et similaires.

Ce phénomène se traduit aussi dans les publicités de tout genre, forme d’art faisant promotion du consumérisme de masse, la raison existentielle du 21e siècle. En fait, contrevenir à cette réalité est beaucoup plus complexe, puisque s’y opposer dans notre société aux modalités restreintes se résume à ne plus « exister ». Le fléau de la surconsommation lié aux interfaces sociales démontre que notre existence ne se résume qu’à acheter des produits et à travailler pour acheter encore plus. Ce qui est encore plus percutant dans cette réalité, c’est que tout autour de nous nécessite du capital pour être acquis. Malheureusement, les grandes corporations de ce monde s’organisent pour toujours augmenter les prix des produits, ce qui crée des élites privilégiées de détenir quelconque bien matériel. Les gens ayant un portefeuille plus restreint se voient être dévisagés, créant chez ceux mieux nantis des sentiments de supériorité corrompus par les interfaces des médias sociaux. Quel poison forme la technologie!

En plus de se faire convaincre que le consumérisme est la seule manière de se faire respecter, cela crée en grande partie un envenimement dans la pensée de l’individu. Celle-ci est tellement enracinée dans la culture mondiale que le simple fait de la penser me procure des jugements de la part d’autrui, comme si s’opposer au capitalisme était un danger pour la sécurité. Si désobéir est regardé de la sorte, c’est tout simplement la preuve que notre société vit dans un système de confinement par la pensée, exercé par nul autre que la publicité et les médias sociaux. Pendant que la planète périt sous nos pieds, la seule préoccupation des gens est de se soumettre au capital pour exister aux yeux de l’autre et de détruire la planète pour en acquérir encore plus. L’heure est en effet très grave, mais ces moyens de manipulation sont si puissants que la majorité des gens ne croient pas au fait qu’il est mal d’agir comme ils le font, car oui, nous créons le mal tout simplement en achetant pour survivre. À respecter notre budget dans une économie au taux d’inflation qui augmente régulièrement, nous n’avons pas le choix d’acheter quelconque bien essentiel moins cher et provenant d’ailleurs. Simplement pour s’assurer de faire la fin du mois, nous encourageons l’exploitation mondiale.

Bien des individus dans les pays en voie d’industrialisation sont payés en bas du dollar pour une journée de travail et leurs conditions, autant humaines que professionnelles, sont médiocres. De plus, les industries des pays riches ne se gênent pas pour polluer les eaux et les terres de ces pays, rendant le problème de pollution mondiale encore plus grand. C’est ce mode de vie qui nous empoisonne, mais sans cesse, un nouveau bien matériel est créé, promettant à quiconque l’achetant le bonheur absolu.

Donc, nous nous exploitons tous pour pouvoir survivre, puisqu’il est pointé du doigt de penser autrement. Pendant que la majorité de nos échanges reposent sur des valeurs superficielles, nous perdons l’essentiel du contact humain parce que nous devenons préoccupés par des détails superflus au lieu de contempler les vrais enjeux. Possessions matérielles sont synonymes de respect, et les pauvres sont humiliés par une majorité mieux nantie, comme si ceux moins fortunés ne méritaient pas de respect et d’attention de leur part.

Depuis quand notre société et notre conscience se sont laissé croire que l’argent déterminait automatiquement la valeur d’un individu? Depuis que toutes corporations confondues augmentent leurs prix en suivant les taux d’inflation du gouvernement, balayant ainsi les classes sociales et divisant les individus selon leurs revenus. En plus de causer des dégâts émotionnels individuels en interdisant certaines relations, des marées d’eau douce et des terres agricoles deviennent contaminées de produits chimiques, intoxiquant ainsi la vie de plusieurs. Puisqu’il est plus gagnant pour les industries de recourir à des techniques moins dispendieuses pour maximiser le profit, ceux et celles en périphérie des grandes bâtisses échoppent par leur santé directement des conséquences.

Sommes-nous réellement libres de nous opposer? Puisque tout est à l’argent, de Katmandou à Beijing, en passant par Auckland et Vancouver, fuir au système est impossible, alors notre soumission à celui-ci est unanime, au péril de nos valeurs.

Crédit photo: Léopold Morneau

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