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Quand je retourne chez mes parents

Je suis considérée comme étant une adulte. Je peux voter, acheter de la vodka toute seule, avoir une carte de crédit. Je suis responsable, je fais mes lunchs, mon lavage, je lave ma vaisselle. Je suis autonome, j’habite en appartement, j’ai un travail. Alors je ne comprends pas pourquoi je suis si immature quand je retourne chez mes parents. Dès que je passe le pas de la porte, j’arbore ma personnalité d’avant. Je revis mes 16 ans. Je ne sais pas pourquoi, mais j’évite les sujets tabous, je fais attention à mon langage, j’ai peur de sacrer. Comme si je n’étais pas adulte pour vrai, que je retournais au secondaire et que je buvais des Smirnoff en cachette. Je retrouve aussi mes habitudes peu admirables. Je chiale sur ce qu’on mange pour souper, je refuse d’aller chercher une conserve au sous-sol et surtout, je ne fais absolument rien. On dirait qu’il se passe quelque chose quand je retourne à la maison. Je redeviens une adolescente qui ne s’endure pas pour je ne sais quelle raison !

C’est peut-être que je me revois revenir de l’école, garder mon uniforme jusqu’à ce que ma mère me dise d’aller me changer. Je me vois écouter Radio Enfer en mangeant des craquelins qui tombent dans la craque du divan.

Peut-être que c’est la nostalgie qui me frappe direct quand j’arrive chez mes parents qui me mélange le dedans. Peut-être que je m’ennuie juste du temps où tous les soirs, je racontais ma journée à ma famille. On s’alternait pour meubler le souper. C’est peut-être le manque de vivant dans mes soupers en solitaire qui m’affecte.

Quand je retourne chez mes parents, je me revois me mettre du vernis en cachette, parce que ma mère haït l’odeur. Il y a quelque chose de moins excitant quand tu peux le mettre à même ton divan et personne ne peut t’en empêcher. Je repense à tous leurs alcools que j’ai dilués avec de l’eau. Je repense au téléphone que j’ai monopolisé pour parler à mes amies avec qui j’ai passé l’entièreté de ma journée. Je repense à mes heures de coucher que je transgressais toujours en me faufilant dans la pièce où reposait l’ordi familial. Je me souviens que ça ne donnait pas grand-chose parce que tout le monde était parti se coucher aussi. Il n’y avait plus personne à qui parler sur MSN.

Je vis peut-être de la nostalgie chaque fois que je vais chez mes parents, parce que je n’ai pas encore fait mon deuil de toute cette vie-là, que secrètement, je voudrais tout revivre encore une fois.

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