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Je suis encore vierge, ouin pis?

Fait que c’est ça… je suis vierge. 

J’ai passé de ne pas prendre part aux conversations tournant autour de la sexualité par peur de me faire poser des questions à l’écrire sur un blog, sujette à tous les jugements errants de ce monde. Mais l’acceptation de tout ça ne s’est pas fait en une nuit (c’est le cas de le dire)…

Avant de me faire lancer des roches ou des phrases réconfortantes, je tiens à préciser que suis tout à fait consciente que je n’ai pas cinquante ans, que je ne suis pas la seule ni la pire et que je fais bien « d’attendre le bon », comme on dit. D’ailleurs, c’est exactement pour ces raisons que j’écris cet article : être vierge ne devrait mériter ni compétition de qui vit la sexualité la plus absente ni encouragements ou commentaires sur ce que je devrais, ou non, faire. 

Mais pourquoi? Je ne me considère pas comme quelqu’un de particulièrement laide. Ne me posez pas cette question un lendemain de veille par contre. On en reparlera. Ce qui s’est passé, c’est un mélange d’anxiété et de cercle social. À 15 ans, ma définition d’une soirée exaltante était cinéma avec ma famille ou sushi avec ma mère. Mes notes frôlaient les nuages. Je réussissais, j’étais l’exemple à suivre, la chouchou des professeurs, celle qui avait toujours la main levée, un toupet carré et qu’on se plaisait à détester. J’essayais de projeter l’image de l’idéal. Et je dis bien « l’image ». Parce qu’au fond, je n’étais pas heureuse. Je ne connectais avec personne. Mes amies étaient, pour la plupart, confortables en ma présence, mais également très à l’aise avec mon absence. J’apprenais l’existence des partys des semaines après qu’ils aient eu lieu, en voyant des photos sur les réseaux sociaux. De toute façon, l’alcool, je n’aurais jamais touché à ça. 

Je ne tente pas de dire qu’avoir une personnalité réservée, sobre ou moins outgoing fait de toi une personne malheureuse. Loin de là : je t’encourage très fortement à faire ce qui te rend heureux.se. Peu importe ce que ça signifie pour toi. Dans mon cas, c’était une couverture de mon anxiété qui me permettait de mieux contrôler ma vie. Le moins d’activités auxquelles je participais, le moins de relations sociales j’entretenais, le moins j’étais virée à l’envers. Je me sauvais des émotions et des situations anxiogènes. Un moment donné, j’ai juste arrêté d’essayer et de me « forcer à faire des efforts ». J’ai finis mon secondaire dans un programme exigeant et j’ai réalisé à quel point le monde avait changé sans que je m’en rende compte ou que j’en fasse partie. 

Dans l’année qui a suivi, j’ai moi-même énormément changé. Mais j’avais accumulé du retard  par rapport à mon entourage. Je déteste ce terme, car tout le monde va à son propre rythme, mais c’est la meilleure façon de l’imager : la plupart de mes amies avaient déjà eu plusieurs partenaires sexuels. Je les rassurais quand leurs menstruations étaient en retard et qu’elles s’imaginaient avoir un enfant à 16 ans.

Je suis maintenant rendue à l’âge où être encore vierge devient un atout, à ce qu’on m’a dit. Petite fleur fragile et incorrompue. L’âge où c’est hors norme et spécial. L’âge où je me sens gênée de le dire. Ark. 

Aujourd’hui, une fille qui n’est plus vierge depuis ses 14 ans, c’est une slut. Une fille encore vierge, c’est une coincée. Et être « coincée », ça ne collait pas avec l’image que je voulais maintenant projeter. La version de moi qui avait changé. Mais, en même temps, je considère que ma virginité a assez d’importance pour ne pas vouloir m’en débarrasser juste pour être comme tout le monde et pour me sentir incluse dans les conversations. 

Récemment, ça m’a frappé : encore une fois, j’essayais de projeter une image, cette fois celle d’une fille careless. On vit malheureusement dans une société, où, en tant que femmes, peu importe ce qu’on fait, on se fait critiquer. Que tu aies des one night fréquents ou que tu ne veuilles pas perdre ta virginité à tout prix. Être encore vierge aujourd’hui, c’est juste une chose de plus à assumer. Je considère qu’en être fière, l’accepter, ne pas avoir peur des jugements ou des regards, c’est une preuve de confiance en soi. Si tu es à l’aise dans tes choix et que tu respectes tes envies et ton corps, c’est le plus important. T’as pas à avoir honte de ça. Au contraire, je pense que s’assumer pleinement et ne pas avoir peur du jugement sont des qualités, qui, en bout de ligne, sont plus importantes que d’avoir perdu sa virginité dans la tranche d’âge considérée normale au sens de la société. 

Aujourd’hui, je lâche les images. Je ne vais pas essayer d’avoir l’air careless et au top de ma game, je vais être fearless et fière. 

Source : Pixabay

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