Menu

J’ai perdu du poids, et puis?

« T’as donc ben perdu du poids ! »

Party de famille, souper avec des ami.e.s que j’ai pas vu.e.s depuis des lunes ou séance d’essai de linge d’hiver que j’ai pas mis depuis mars dernier. J’entends cette phrase de la bouche de mon entourage ou mon cerveau la produit lui-même et ça résonne dans ma tête pendant des jours.

J’ai perdu du poids.

C’est vrai, je suis moins lourde. La balance le dit, même si je ne le lui demande plus depuis plusieurs mois. Mon infirmier et ma psychiatre le confirment à chaque rendez-vous en me félicitant : « tu te rapproches de ton poids santé ».

Chaque fois, j’hésite entre les options suivantes :

  • J’ai tu l’air de pas être en santé ? Réalises-tu que tu me dis juste ça parce que tu te bases sur une mesure grossophobe et désuète qui ne tient ni compte de la proportion de muscles et de gras ni des caractéristiques sexuelles ? Avoir des gros seins et des biceps, est-ce que ça nuit à ma santé ?
  • Excellente intervention avec ta patiente que tu suis depuis un an, notamment à cause de son trouble alimentaire. Tu réveilles pas du tout le trouble alimentaire avec ton cheerleading de la minceur. Pas. Du. Tout.

Je finis toujours par me taire et endurer les commentaires grossophobes du personnel médical. Même si je sais que cette soumission à la culture grossophobe me coûte cher à déconstruire avec ma nutritionniste.

C’est aussi vrai que mon corps a perdu du volume. Pas autant que la société grossophobe et sexiste le voudrait – je serais plus mince si je n’étais pas musclée – mais mes vêtements le confirment : mon linge d’hiver de l’an passé ne fait plus et certains vêtements que j’ai achetés au secondaire me font à nouveau.

Heureusement, ma perte de poids et de volume est globalement associée à une meilleure santé physique et psychologique. Mais pour les huit dernières livres perdues ou le passage du Medium au Small, la perte est associée à une sous-alimentation entrainée par la prise de médication pour mon TDAH. Cette perte de poids est neutre. Elle n’est pas due à plus de sport ou à moins de crème glacée. Elle est plutôt liée à l’oubli de m’alimenter et la perte d’appétit d’une médication qui vise d’autres objectifs.

Alors quand je suis valorisée dans ma perte de poids, ce que j’entends comme message, c’est que j’ai plus de valeur en étant mince. Que je suis perçue plus positivement parce que mon ventre est plus plat; mes cuisses, moins larges et mes épaules, plus osseuses. Que je n’étais pas assez mince avant la prise de médication, du temps où mon corps était en mesure d’exprimer son besoin d’énergie. Que ce ne sont pas mes habitudes de vie qui déterminent si je suis en santé, mais plutôt la petitesse de l’espace que je prends physiquement. Que les gens que j’aime se soucient plus de mon apparence que de mon bien-être.

Et, with respect, c’est de la grosse marde.

Pas parce que le volume corporel n’a aucun lien avec la santé, mais parce que c’est loin d’être un indicateur infaillible ou le seul indicateur à considérer. Parce qu’une personne moins en santé ou avec plus de gras mérite autant de respect et d’empathie, si ce n’est plus, que les autres. Quand j’étais plus grosse, j’avais des symptômes dépressifs, j’avais un trouble de stress post-traumatique, j’ai presque fait un burnout. J’avais vraiment pas besoin d’être victime de grossophobie en plus. J’avais clairement plus besoin de sourires et d’amour qu’en ce moment.

Parce que le poids n’est pas un sujet de small talk, tu peux pas demander à quelqu’un combien de livres elle a perdu entre « Bonjour, ça va bien ? » et « Tu étudies en quoi, déjà ? » Pour vrai, si tu sais pas en quoi j’étudie, c’est pas pantoute de tes affaires, le chiffre qu’indique ma balance quand je monte dessus.

Parce que ta perception de mon corps ne devrait pas influencer la valeur que tu me donnes en tant qu’être humain ou ton attitude à mon égard. Je ne suis pas plus travaillante actuellement qu’il y a un an. Je ne suis pas plus débrouillarde ou disciplinée non plus. Au mieux, je suis meilleure pour faire des chin-ups et des squats, pis si tu te bases là-dessus pour me traiter différemment, you need to sort out your priorities.

À un bout, je me suis demandé si je m’en faisais trop avec ça, si j’exagérais. Les gens commentent ce qu’illes voient, et le corps est plus facilement observable que l’état psychologique.

Mais quand j’ai pensé aux fois où des gens ont parlé de mon acné qui a colonisé mon visage depuis environ un an, soit depuis mon changement de contraceptif, j’ai réalisé que les gens n’accordent pas du tout la même importance à l’uniformité de la peau de mon visage qu’au volume de mon corps. Ceci n’est pas une invitation à commenter mon acné, mais plutôt à porter attention au regard que l’on pose sur le corps des gens.

J’ai perdu du poids, c’est vrai. Mais je m’en rends compte toute seule et j’essaie justement de l’oublier un peu, faque please, arrête de me le rappeler. Ça va nous permettre de jaser, j’ai plein de belles choses à te raconter. J’ai une nouvelle idée de voyage, en cohérence avec mon écoféminisme. Ça t’tente-tu que j’te la partage ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2020. Tous droits réservés
Conception de site web - Effet Monstre