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La fin du monde ressemble à l’Halloween

Quand je m’imagine la fin du monde, ben la fin de notre monde, des humains, l’apocalypse, la peur, la faim, toutes ces affaires-là, j’me suis toujours imaginé que ça ressemblerait un peu à l’Halloween.

La fin du monde pour moi sera une soirée plus froide que prévue, une soirée de manteau d’hiver rudement dissimulé sous un costume fait maison de fée clochette.

Une soirée où les mots font de la buée pis où la chair de poule se cache à chaque coin de rue. Une soirée de rituels, de feuilles qui craquent, de chandelles dans les cœurs pis dans le cœur des citrouilles.

Une soirée à faire semblant d’avoir peur, à avoir peur d’avoir peur, à avoir peur mais à faire semblant que non franchement j’ai pas peur. Une soirée de courage cheap boosté aux Caramilk en deux carrés pis aux jujubes passés sous la loupe en cas d’aiguille ou autre légende urbaine.

La fin du monde, pour moi, ça ressemble à ça.

Ça ressemble à fermer les lumières pour que les gens pensent qu’on n’est pas là, ça ressemble à ma famille et moi, assis en indien sur le plancher du sous-sol à faire le tri des bonbons, chocolats et cigarettes Popaye, méticuleusement, comme un décompte de provisions, comme une cérémonie de victoire. Ce soir, mes frères, nous mangerons!

Personne pouvait savoir ce qui se tramait dans ce sous-sol-là de l’Assomption, le 31 octobre. Personne, sauf nous cinq. Les survivants.

C’était aussi un des rares moments où c’était nous, mes frères et moi, qui subvenions aux besoins de la maison. Enfin, c’était nous qui étions partis en guerre à grands coups de shakage de boîte d’Unicef, de « traînage » de taie d’oreiller rendue trop lourde pis de bottes Sorel qui se grafignent sur l’asphalte. Enfin c’était nous qui ramenions le butin à la maison. Victoire!

C’était une grosse soirée, chez nous, l’Halloween.

Je me doute bien aujourd’hui, avec mon cerveau d’adulte, que la fin du monde ne serait probablement pas entourée de bonbons en petits sachets ni de murmures joyeux d’enfants du primaire qui se couchent après 9h un soir de semaine. Mais j’aimerais quand même que le jour de la fin du monde, je me sente aussi forte, aussi entourée et aussi riche de rien.

Je serais pas surprise que la fin du monde soit déjà là, cachée derrière un masque de Frisson, à nous espionner, à attendre le faux pas de l’humain qui déclenchera l’inévitable suite des choses, à attendre le p’tit maudit qui déclenchera la mouse trap.

Je me demande si les maisons des voisins sentiront encore aussi bon et seront encore aussi intrigantes après la fin du monde. Peut-être qu’une seule odeur existera partout, l’odeur du vide, de l’absence, du temps qui passe sans personne pour le compter.

De toute façon, rendus là, rendus à la vraie de vraie fin du monde comme dans fini final bâton, y’aura pu personne pour respirer les odeurs, pu de costumes de Spiderman, pu d’asphalte grafignée par les bottes.

C’est bizarre, mais ma presque fin du monde me donne envie que le monde finisse jamais, pis que pour toujours, des cercles d’indiens se forment dans les sous-sols de l’Assomption. Parce que tant qu’on sera ensemble à partir à la chasse, on perdra jamais notre place.

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