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Cœur de neige

La tempête en silence souffle sur nos essences, un tourbillon qui danse, l’espoir d’une naissance. Le torrent nous repousse, le torrent nous emporte, notre hiver prend sa source dans l’été qui nous porte. Le regard dans la glace, figé dans son audace, le cœur fait volte-face, et de givre s’enlace. Je les suis pas à pas, ces flocons en éclats, qu’amoncellent mes bras, qui se taisent en fracas.

Prisonnier en sursis, l’agonie du geôlier, ces barreaux de glacis et la fonte annoncée. De froid et de douleurs, le cœur s’en est empli, et maintenant la peur de devoir lui dire oui. Quand sombre était la nuit, d’hier à aujourd’hui, et que tout était dit, un pas vers l’infini, la lumière vint étendre son flot incandescent, ce cœur n’est pas à prendre, ce cœur, on ne lui ment.

Derrière les collines de blanc immaculées, une ombre bleu marine viendra tout chambouler, et malgré la tempête qui obstrue son chemin, s’annonce un tête-à-tête, l’espoir d’un lendemain. Elle semble flotter sur la fin de l’été, sa chevelure tressée, chaleur des blés dorés. Entre elle et moi, cette glace qui commence à céder, et son cœur fait sa place, et le mien d’espérer.

J’espère toutefois que la glace suffira.

De retour sur mes pas, les yeux vers l’horizon, ton cœur qui crie tout bas le prix de sa rançon. Je reviens d’un voyage, du bitume et du vent, j’ai semé les rois mages venus tendre leurs présents. Tu m’aurais attendu du début à la fin, et je t’aurai perdu rendu à mi-chemin. C’est ainsi qu’il échappe, qu’il se voile aux vilains, le paradis nous happe toujours avant la fin.

Ce n’est la première fois que je quitte cette terre, qui coule entre mes doigts, qui se meurtrit d’hivers. Dans son sommeil levant chauffe le soleil dormant, mais de gré ou de force reviendra sûrement. Elle renaît dans l’été en se couvrant de blé, qui de chaleur se gorge et goûte le sucre d’orge. J’y cueille ton regard dans le miel du matin, et tes lèvres le soir, nos corps jusqu’à demain.

Je t’avoue chère amie que sous ces apparats, je crains que cette fois-ci, la glace ne suffira.

Par Simon Guérard

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