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La perfection, cette obsession

Parce qu’on ne veut pas simplement être bon, on veut être le meilleur. Parce qu’on ne veut pas simplement que ce soit beau, on veut que ce soit magnifique. Parce qu’on ne veut pas simplement réussir, on veut exceller. Ce défaut qu’est le fameux perfectionnisme, celui qu’on cite en entrevue pour bien paraître, peut devenir beaucoup plus qu’un simple défaut si l’on ne sait pas où s’arrêter. Et c’est là que ça devient malsain. Il n’y a rien de mal à vouloir bien faire les choses, à être ambitieux et à se pousser, mais une limite existe et il est parfois difficile de ne pas la franchir. Le mieux devient alors l’ennemi du bien.

Entretenir des exigences trop élevées envers soi-même peut devenir très malsain, voire handicapant. Jamais satisfait de ce que l’on accomplit, on voudrait en faire plus, faire mieux, être plus performant. On ne se demande pas ce que l’on a fait de bien, mais plutôt ce que l’on aurait pu faire de mieux. Ce n’est plus une question de vouloir s’améliorer, c’est devenu une obsession d’atteindre la perfection. On se bourre le crâne de pensées irrationnelles comme si d’échouer quelque chose de parfois même insignifiant constituait la pire chose qui pouvait arriver.

Pourtant, c’est correct d’échouer. C’est correct que tout ne soit pas toujours parfait. L’échec est humain. L’erreur est humaine. L’imperfection, c’est ce qui est beau. On en est pleinement conscient, mais lorsque le stress nous envahit, on a tendance à l’oublier. On vit dans une société de performance et de compétitivité où il est considéré presque normal d’être stressé tout le temps. On veut être un.e bon.ne ami.e, un bon papa, une bonne maman, un.e bon.ne conjoint.e, on veut exceller au travail, obtenir de la reconnaissance de nos supérieurs, on veut avoir de bons résultats scolaires, se sentir valorisé. Mais ce n’est pas tout, on recherche aussi la perfection relativement à notre apparence physique, parce que la société nous montre qu’un corps svelte est synonyme de réussite, de bonheur. On se pousse alors à s’entraîner, à manger mieux, à avoir une hygiène de vie considérée parfaite. Tout ça, mélangé à une vie parsemée d’obstacles, où il faut également faire preuve de force, ne pas se montrer vulnérable et continuer d’avancer du même pas coûte que coûte. On ne veut pas décevoir. On ne veut pas briser notre image d’individu qui ne flanche jamais.

Malheureusement, c’est un cercle vicieux. On angoisse, on veut donc faire mieux, mais ce « faire mieux » se transforme rapidement en obsession, puis en du stress. Encore du stress. On pense souvent que lorsqu’on aura atteint un tel objectif, un tel poids, un tel salaire, un tel emploi, on goûtera une fois pour toutes au bonheur. Inutile de dire que ce n’est que rarement le cas. Lorsqu’on arrive enfin à l’objectif fixé, on se dit qu’on est capable d’en faire encore plus. On s’épuise, on s’en demande tellement trop et on s’en rend compte souvent beaucoup trop tard. Vous savez, ben des larmes et ben des cris plus tard. Quand on n’en peut vraiment plus, quand on a l’impression d’avoir le poids du monde entier sur les épaules et de ne pas encore en faire suffisamment.

C’est là que le lâcher-prise doit impérativement entrer en jeu, un petit pas à la fois, une petite étape à la fois. Simplement se conscientiser au fait que ce n’est pas grave si tout n’est pas parfait. Il n’y a rien de mal à faire seulement le nécessaire de temps en temps, sans s’en mettre 4 tonnes sur les épaules, dans le seul espoir de peut-être obtenir un brin de reconnaissance. On a le droit de s’habiller en mou, de manger un gros morceau de gâteau au chocolat et d’oublier de faire le ménage même s’il y a quelques miettes sur le tapis. On a le droit d’être moins performant au travail pour une fois et de déléguer davantage, juste parce qu’on est excessivement fatigué et que la semaine est difficile. On a le droit de procrastiner un dimanche et d’aller prendre un café avec un.e ami.e, juste pour se faire plaisir. Parce que oui, on a le droit de se faire plaisir. On a le droit et même le devoir de ne pas toujours se comporter comme un robot qui réfléchit sans cesse à la meilleure manière d’être encore plus parfait.e. Pis, j’vous jure, ça fait du bien. T’en fais assez, j’en fais assez, on en fait tous ben assez, pis c’est parfait comme ça.

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