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Non, je ne vais pas cuisiner pour toi tous les soirs

Ça fait maintenant quatre mois que j’habite à Londres.

Premier constat : c’est vraiment, mais vraiment nice. Chaque coin de rue promet une architecture à couper le souffle. Les accents tirés tout droit d’Harry Potter sont omniprésents. Les gens ont une fascination pour les gâteaux, les biscuits et n’importe quel dessert qui est rose et gold. C’est malade.

Deuxième constat : bien que je sois encore en grosse période de lune de miel, je ne peux m’empêcher d’éprouver un certain malaise par rapport à un élément précis de la culture anglaise, ancrée dans la tradition : les relations entre les hommes et les femmes.

Mais surtout, ce qui est attendu des femmes dans une relation de couple.

Mise en contexte. Mon copain est néo-zélandais, mais habite Londres depuis plus de deux ans. Il côtoie ses amis anglais depuis son arrivée dans la ville. Ses amis qui, quant à eux, sont tous en couple depuis des années avec leur copine respective.

L’autre jour, mon copain m’invite à une soirée avec ses boys. Je suis la seule représentante de la gente féminine dans la place. Entre deux rires au cœur des conversations, un des amis de mon copain lui demande comment se passe notre nouvelle vie à deux depuis mon arrivée en terres londoniennes. Nous avions décidé, lorsque mon déménagement de Montréal à Londres devint officiel, d’emménager ensemble. Tant qu’à mettre fin à la distance de notre relation, autant le faire à 100%, t’sais.

Ça va bien, qu’on dit. Très bien, même. Pas de chicane, pas de cris, juste des bas sales qui trainent un peu trop souvent, et moi qui fait ma Monica dans Friends niveau ménage.

Un des amis rétorque : « Tu dois trouver ça pas mal cool d’avoir enfin quelqu’un pour te faire à manger tous les soirs. »

J’ai figé, l’instant de quelques secondes. Venait-il vraiment de dire ça? Pourquoi assumerait-il que je fasse à manger tous les soirs? Wéyons, est-ce que j’ai le nom de cuisinière ou ménagère d’étampé sur le front? Pas à ce que je sache, aux dernières nouvelles.

Je ne comprenais pas.

Quelques jours plus tard, je prenais un verre avec une amie. Une amie de Montréal qui, tout comme moi, est tombée en amour avec un gars habitant à Londres.

Entre deux sujets de conversation, je lui glisse un mot par rapport au commentaire de l’ami de mon copain.

« Ah, ouais. C’est normal. Les gars s’attendent ici à ce que la femme s’occupe du foyer. Mon chum est pareil. Tous les dimanches, je l’aide à faire ses lunchs de la semaine et c’est moi qui s’occupe de la maison et des soupers. C’est juste normal. »

Je comprends. C’est culturel. Mais ça me gosse quand même. Beaucoup.

Quand je fais des journées de 12 heures au travail, que je reviens à la maison complètement vidée avec pour seule envie de me mettre en pyjama devant Gilmore Girls et de manger un bol de céréales (ou de la crème glacée) pour souper, je ne vais pas faire autrement. Je n’ai pas envie, alors que je suis au bureau depuis 7 h et qu’il est maintenant 20 h, de me faire demander ce qu’on mange pour souper. Je n’ai pas envie de manquer le premier french entre Luke et Lorelai parce que je suis en train de faire de la vaisselle.

Je travaille tout autant que mon copain. Nous sommes égaux. Je me démène tout autant pour contribuer à notre nid d’amour. Il me semble que c’est la moindre des choses que de trouver un équilibre, de séparer les tâches équitablement, de contribuer au train-train quotidien de façon égale.

Non, je ne porterai pas le fardeau d’avoir une deuxième job à temps partiel, soit de prendre soin de la maison et de tout gérer ce qui s’y passe. Non, je ne vais pas cuisiner tous les soirs. Non, je ne vais pas m’imposer d’être la gestionnaire de notre vie de couple.

Ça se passe à deux. Tout simplement.

Crédit : Brandless pour Unsplash

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