Menu

Quand la langue nous plume

Quand on y casse sa plume, quand on y laisse des plumes, quand on se fait plumer par sa propre langue. La langue française déplume les femmes et toute autre personne qui ne répond pas au genre masculin.

Si aujourd’hui, les femmes* peuvent utiliser leur plume sans se faire passer pour des hommes, elles continuent en quelque sorte de travestir leur écriture et leur façon de parler sans même le savoir. Et nous continuons à penser le masculin comme le grand maître générique du langage.

Le 25 novembre c’était la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Pour cette occasion, j’ai envie de prêter ma plume à une violence sourde, voire inaudible qui paraît anodine aux premiers abords.

C’est un sujet épineux, un terrain glissant que de parler de la langue comme d’un terreau sexiste. Pourtant, à l’aube de l’écriture inclusive se pose la question des inégalités du langage.

Pour de nombreuses femmes et hommes, y compris parmi les cercles féministes, le sujet fait débat ou polémique. Pour certain.e.s, c’est un sujet futile ou carrément ostentatoire, pour d’autres c’est ailleurs que le combat se situe.

La langue française n’est pas neutre 

Pourtant, la langue française, aussi belle soit-elle, ne fait pas la part belle aux femmes. On nous enseigne à l’école la fameuse règle de grammaire « Le masculin l’emporte sur le féminin ». On l’apprend comme si elle était coulée dans le béton, inhérente à la langue.

Or, la réalité est un peu différente. Cette règle, apparue au XVIIe siècle, fut proclamée par l’Académie Française, annotée en filigrane « par des hommes pour des hommes ». Et le but n’était pas grammatical mais bel et bien d’asseoir la domination masculine, le masculin étant considéré à l’époque comme plus noble.

Avant cela, on utilisait l’accord de proximité (l’homme et la femme sont belles / la femme et l’homme sont beaux) ou l’accord en nombre (les femmes et l’homme sont belles / les hommes et la femme sont beaux).

Sexisme et écriture inclusive : le masculin doit-il forcément …

Ces préjugés sur l'écriture inclusive… sont faux !

Posted by L'Obs on Saturday, November 4, 2017

La langue n’est clairement pas neutre. D’une part car c’est le fruit de choix idéologiques. D’autre part, elle ne peut prétendre la neutralité en se conjuguant, en se déclinant uniquement au masculin.

Le sexisme de la langue ne s’exprime pas seulement via la grammaire mais également par l’absence de féminisation, par la disparition de certains noms féminins ou encore par l’existence de certaines expressions.

On peut penser que c’est un détail. Je crois profondément au pouvoir des mots, en ce qu’ils véhiculent comme sens et comme images. La langue structure la façon même de penser.

Nous avons grandi et intériorisé un certain nombre de codes que nous jugeons normaux et innés. L’écriture en est un. Il nous paraît naturel de penser le masculin comme neutre et l’on ne voit pas forcément un mal à cela. Mais au regard de l’histoire, on se rend compte que l’évidence n’est pas si évidente, que la normalité n’est pas si normale.

Vers une langue plus inclusive

Dans La Pérille mortelle, Typhaine D, renverse les rôles : cette fois-ci le féminin l’emporte sur le masculin. Avec beaucoup d’humour et d’éloquence, elle ridiculise certains arguments et met judicieusement en lumière le sexisme dissout dans la langue française.

À celles et ceux qui pensent que les combats sont ailleurs. Ils le sont bien évidemment mais ils sont ici aussi. Car le tout est lié. De penser que c’est accessoire, c’est fermer les yeux sur les racines, le fondement même des inégalités car elles sont ancrées dans la langue. Notre langue porte les stigmates de la société sexiste dans laquelle elle s’est développée.

Les femmes sont déjà les grandes oubliées de l’histoire. Est-ce qu’elles doivent rester les invisibles du présent ?

Le propre d’une langue vivante est qu’elle n’est pas figée. Elle bouge, elle est évolutive. On accepte des nouvelles règles, des nouveaux mots, du joual, du verlan et même des mots étrangers. Comment se fait-il que l’on n’accepte pas que la langue puisse rendre au féminin ses lettres de noblesses au même titre que le masculin? Comment se fait-il que l’on n’accepte pas que la langue redore son blason de l’égalité?

C’est avant tout une question d’habitude, c’est une nouvelle gymnastique linguistique à adopter. Je ne dis pas que c’est simple et on ne pourra pas changer les choses du jour au lendemain mais commencer par prendre conscience de l’enjeu, c’est déjà un grand pas. La langue est le reflet de la société. Si la société évolue, la langue doit emboîter le pas.

On ne peut feindre une société égalitaire si à tous les jours, on utilise un mode de penser qui infériorise ou occulte les femmes*. On ne peut pas prétendre que cela n’a aucune conséquence sur nos perceptions. Et si cela s’opère, en grande partie, de façon inconsciente, les effets sont alors encore plus insidieux.

Alors qu’on parle de plus en plus d’éclatement des genres et de non-binarité, comment peut-on aller vers plus d’inclusion pour tous.tes ? Et comment penser l’inclusion des femmes dans le respect de toutes les identités ?

* L’astérix est ici utilisée pour référer à toutes les femmes et autres personnes ne répondant pas au genre masculin.

Pour aller plus loin

Il existe de nombreux guides sur l’écriture inclusive, il existe différentes façons de procéder. Voici quelques ressources que je trouve particulièrement pertinentes.

Source de la couverture : Morgane Viguet

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© La Fabrique Crépue. 2019. Tous droits réservés
Une réalisation de