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Complainte d’une fille aboute

AVERTISSEMENT –  Langage grossier, fille à boute.

***

Petit matin d’hiver. J’écarte les rideaux, je veux voir s’il fait beau.

J’aimerais m’émerveiller de cette belle bordée de neige qui est tombée cette nuit.

Mais non, je suis en criss.

Je suis en criss parce que je vais devoir prendre dix minutes pour déblayer mon char pis dix autres pour essayer de le sortir du banc de neige.

Je vais sacrer parce que je vais devoir sortir mes tracks, aller chercher mon voisin pis lui demander de me pousser pendant que je vide ma « tink » dans le vide.

Une éternité plus tard, j’arrêterai au dépanneur pour mettre du gaz, encore en criss après la vie.

J’achèterai du pétrole, me ferai crosser allègrement et me sentirai coupable d’encourager une industrie que je déteste. La caissière me demandera si je veux un 6-49 pour à soir.

Non merci madame. C’est pas vrai que je vais encourager deux business que je j’haïs à matin.

 

Je rembarquerai dans mon char, évidemment plus pauvre et toujours en criss.

Parce que pendant que je vais poiroter dans le trafic, je vais réfléchir au prix que mon char me coûte. Juste dans le dernier mois pour la pause des pneus d’hiver, le traitement antirouille, le remplacement des freins, un ticket de parking, ma vignette de stationnement, le paiement mensuel du prêt-auto, des assurances et de l’immatriculation…

Au bout d’un an, c’est le montant d’un voyage qui vient de s’envoler en fumée.

C’est cher payé pour quelque chose qui ne m’apporte AUCUN plaisir.

Combien de fois ça m’arrive de me sentir libre au volant de ma bagnole, les vitres baissées et les cheveux au vent en route pour l’aventure?

Fucking jamais, OK! Les pubs de char peuvent aller se faire voir avec leurs menteries.

Tous les matins, c’est pareil. Il n’est même pas huit heures et je suis déjà à « boute ».

Je détourne le regard de cette file de chars interminable qui s’aligne devant moi pour observer mes voisins. Dans les autres voitures, tout le monde a le même air de boeu’. Tout le monde est à « boute ». Tout le monde perd son temps.

Tout le temps.

Été comme hiver.

Quand ce n’est pas la neige, ce sont les travaux et les vélos et les nids de poules et le manque de parking qui nous font sacrer.

Ça se klaxonne par la tête pour un « flasheur » oublié ou pour une demi-seconde de non-réactivité quand ça vire au vert.

On est-tu rendu fou à ce point-là?

 

Automobilistes pressés et inconscients, ça prend quoi pour qu’on réalise que ça n’a plus d’allure de continuer comme ça?

Combien de temps encore va-t-on continuer à encourager une industrie qui nous empoisonne par sa pollution et le stress qu’elle nous inflige?

Avoir une voiture N’EST PAS un symbole de liberté. C’est un gouffre financier, un générateur de stress, un moyen de transport d’un autre temps. Nous savons aujourd’hui qu’il faut absolument, pour notre bien-être collectif et notre survie, passer à autre chose.

 

Finalement, je suis en criss après moi-même.

Comme une majorité d’entre nous, j’ai une dépendance à l’automobile et une peur bleue de changer mes habitudes.

Mais en quoi serions-nous perdants d’abandonner notre voiture? Qu’est-ce qu’on perd réellement, sinon du stress, de la frustration quotidienne et culpabilité?

J’ai envie de faire partie de ceux et celles qui font le choix de se débarrasser de cet encombrement inutile, pour gagner en qualité de vie, pour vivre sur une planète plus saine, pour mettre mon argent dans des projets qui me procurent de la joie.

Où vous voyez-vous dans six mois, deux ans, cinq ans?

Pour ma part, je me vois à bien des endroits, mais certainement pas dans le trafic.

Source photo de couverture : Pixabay

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