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S’inventer des symptômes

Tout le monde te répète sans cesse de ne pas aller te diagnostiquer sur Internet. C’est unanime. Personne ne trouve que ça a du sens, que ça va t’aider. Sauf que tu le fais quand même. Tu te retrouves devant ton écran en crise d’anxiété, parce que tu viens d’apprendre par Doctissimo que tu es gravement malade. Que tu n’aies même pas le temps de te rendre à l’hôpital, c’est la fin pour toi.

Tu textes tous tes proches pour leur annoncer la nouvelle et par le fait même, tu leur expliques que la rougeur que tu as sur ta joue est fatale. Ils te répètent encore que t’exagères, que c’est comme la fois où t’avais mal au genou et que tu pensais avoir une maladie des os.

Clairement, tu as la panique facile. Tu t’imagines le pire, parce que ton cerveau, aussi créatif qu’il l’est, est beaucoup trop intense. Il se fait des scénarios sans bon sens qui se terminent toujours par une analyse approfondie de sa vie et des questions comme : « Qui va pleurer à mes funérailles ? »

Ce n’est pas que tu aies peur de la mort, c’est que tu es consciente de la fragilité des choses. Que tu ne te dises que très rarement : « ça, ça arrive juste aux autres ». Au contraire, tu t’imagines toujours les pires situations, comme pour ne pas être déçue.

Le pire dans tout cela, c’est que le jour où tu vas réellement avoir un streptocoque ou une appendicite, personne de ton entourage ne va te croire. Personne ne va te lifter jusqu’à l’urgence, parce que tu es pire que le petit garçon qui criait au loup.

C’est souvent plus fort que toi, tu tapes tes symptômes dans la barre de recherche en sachant pertinemment que tu vas y lire : « Consulter votre médecin » et clairement, tu préfères écrire sur un forum que de prendre rendez-vous avec ton médecin. Alors tu rédiges un message dans le forum en espérant que quelqu’un (qui n’a pas plus les capacités de te diagnostiquer) te réponde.

Tu te mets un ultimatum, si demain matin c’est encore là, j’appelle. Et tes symptômes disparaissent, parce que ce qui causait tes palpitations du cœur, c’était ton anxiété dans le piton et le reste était dans ta tête.

Mais tu restes à l’affût, il n’y aura pas même un mal de tête qui ne sera pas autodiagnostiqué. Et tu te rends compte qu’il faudrait que tu apprennes à bien discerner les vrais symptômes de ceux que tu t’inventes.

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