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Se choisir pour Noël

C’est en écoutant le plus récent CD des sœurs Boulay, plus particulièrement la chanson Il me voulait à la maison, que j’ai eu un moment de gratitude, un moment de reconnaissance.

Il y a bientôt 11 ans que j’ai mis fin à une relation qui m’empoisonnait la vie. Le 24 décembre 2008, j’ai mis mes choses dans des sacs-poubelle, je me suis choisie et je suis partie. À ce moment-là, j’avais deux options : partir ou mettre fin à mes jours.

Aujourd’hui, plus d’une décennie plus tard, il m’arrive encore d’en faire des cauchemars. Je sais, ce n’est pas normal. Il faudrait probablement que je consulte, mais la grande optimiste en moi préfère se dire que cela me permet de me rappeler d’où je viens. De cette façon, je continue de me souvenir que la vie est belle et que j’ai tellement de chance de m’être choisie ce jour-là.

Il existe différents signes qui peuvent permettre de reconnaître la violence psychologique dans une relation. Tu les connais probablement déjà, mais un petit rappel amical ne fait jamais de mal. Je t’invite alors à te poser ces questions :

  • Il a toujours raison, tu as toujours tort?
  • Il tente par tous les moyens de t’isoler de ta famille et tes amis?
  • Il te dit que personne ne t’aimera jamais comme il t’aime?
  • Il te fait sentir mal d’avoir des intérêts différents des siens?
  • Il te donne l’impression de ne jamais en faire assez ?
  • Il te dit que tu es plus belle sans maquillage? Même si toi tu te sens vraiment mieux en te maquillant?
  • La maison n’est jamais assez propre? Le souper n’est jamais assez chaud?
  • Il ne t’a jamais frappée, mais les murs de ton appartement sont recouverts de cadre pour cacher les trous qu’il y fait?

Ce n’est pas parce que ton corps n’est pas recouvert d’ecchymoses que tu ne vis pas de violence. La violence, c’est mesquin, c’est sournois et ça se cache sous bien des formes.

Ce que je peux te dire, c’est que je suis moi-même tombée dans le piège de la violence conjugale, et ce, bien rapidement. J’avais 18 ans, il en avait 27. C’était un sacré beau gars, un sacré beau gars qui avait l’air d’avoir besoin d’être sauvé. Ça tombait bien, je commençais mes études collégiales en travail social : je débordais d’amour et de bonnes intentions. J’avais le profond désir d’être LA personne qui allait le sauver.

Ça s’est fait tellement rapidement. En l’espace de quelques mois, j’avais oublié la femme forte et pleine d’ambition que j’étais. J’avais l’impression de n’être rien d’autre qu’une carcasse vide qui respire, qui a un cœur qui bat, mais qui n’existe plus. Je me sentais comme si je n’avais aucune autre utilité, sinon d’être sa béquille. J’avais perdu l’intérêt pour faire toutes les choses que j’aimais, je n’avais plus envie de rien, je ne voyais aucune solution, aucune lumière au bout du tunnel.

Je dis souvent que les études en travail social engendrent également un énorme travail sur soi. Avant de devenir intervenant, on doit apprendre quelles sont nos forces, nos faiblesses et nos limites. Dans mon cas, j’ai eu la chance de savoir où était la limite à ne pas franchir lorsqu’on a des idées noires.

Le 24 décembre 2008, je m’étais assoupie sur le fauteuil du salon. J’allais à l’école à temps complet et j’avais deux emplois. J’ai été réveillée dans un sursaut. Il était rentré et avait mis sa musique le plus fort possible uniquement pour que je ne puisse pas dormir. Quand je lui ai demandé de baisser le volume, il m’a répondu que je pourrais avoir un avis sur le son de sa musique à partir du moment où je payerais autant que lui pour le loyer. Ça peut sembler presque anodin comme élément déclencheur, mais c’est à ce moment exact que j’ai eu ce que j’appelle « ma dernière étincelle de courage ».

J’avais décidé quand et comment je mettrais fin à mes jours. Je n’en avais parlé à personne. Ça me semblait, pendant un moment, être l’unique solution à mes souffrances.

Et il y a eu ce moment : cette dernière étincelle de courage. Ce moment où j’ai réalisé que j’existais encore, que j’avais encore des amis, une famille, des ambitions et des projets. J’ai pris le peu de force qu’il me restait et je suis partie, sans ne jamais revenir. Je ne sais pas si sans cet évènement bien précis, que je considère comme ma seconde de survie, je serais encore ici à tenter de faire passer mon message.

Si je te raconte cette histoire aujourd’hui, en ce beau mois de décembre, c’est que parfois, ça fait du bien de se faire rappeler qu’on existe et qu’on a le droit de se choisir. Je t’en prie, prend l’aide qui t’est offerte.

Il existe plusieurs types de ressources externes qui peuvent aussi te donner un coup de main tels que les centres pour femmes victimes de violence, les centres de crises et les CLSC. Si tu ne sais pas trop où t’orienter, tu peux toujours contacter le 811 et choisir l’option « Info Social ». Il y aura toujours quelqu’un au bout du fil pour te donner les coordonnées des ressources de ta région.

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